Virginia Woolf de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini

Cette bande-dessinée raconte la vie de la plus grande romancière anglaise du XXème siècle : Virginia Woolf. Le portrait tracé par Michèle Gazier et Bernard Ciccolini est tout en nuances. Virginia Woolf s’exprime à la première personne, ce qui pouvait être assez risqué mais est parfaitement réussi.  Elle nous raconte son enfance si joyeuse entre ses parents, ses frères et sœurs. Les étés à St Ives sont paradisiaques pour Virginia : la mer, la chaleur, les pommes, l’heure du thé lui procurent un plaisir infini. Ce sont ces moments de pure félicité que Virginia cherchera toujours à recréer. Car la mort vient très tôt tout gâcher : celle de la mère, puis de la demie-soeur exemplaire Stella, le père et enfin le frère adoré Thoby. La profonde mélancolie de l’auteur vient de là mais également des viols perpétrés par son demi-frère George.

Après la mort du père, les enfants Stephen s’émancipent et déménagent au 46 Gordon Square dans le quartier de Bloomsbury. Leurs talents peuvent alors s’exprimer au milieu d’intellectuels et artistes  tels que Lytton Stratchey, Clive Bell, Duncan Grant ou Roger Fry.

Virginia et Vanessa

La bande-dessinée laisse voir le bouillonnement de cette période de la vie de Virginia Woolf, son envie de devenir écrivain, son engagement auprès d’ouvrières et son sens de l’humour que l’on néglige trop souvent. C’est également à ce moment qu’elle rencontre Leonard Woolf. Je trouve les passages consacrés à leur couple assez juste : d’une grande richesse intellectuelle mais assez triste au niveau de la passion amoureuse. Leonard couve Virginia comme une porcelaine trop fragile. Ensemble ils fondront la Hogarth Press.

Virginia et Leonard

Les oeuvres de Virginia Woolf sont bien entendu évoquées tout au long de la bande-dessinée. Le succès grandit au fil des années et des romans publiés. L’écriture : le bonheur et le malheur de Virginia Woolf. Ceci est très bien exprimé dans ce livre : « J’ai toujours aimé lire, rédiger des critiques. Mais ce qui est pour moi aussi nécessaire que destructeur, c’est ce long travail de l’écriture, transformer la vie, les frustrations, les souvenirs en mots. » J’ai beaucoup aimé les vignettes qui représentaient les oeuvres comme celle sur « Orlando » :

Orlando

Vita Sackville-West fait partie des grandes rencontres de la vie de Virginia Woolf. On croise également dans cet album : Katherine Mansfield, Sigmund Freud, Julia Margaret Cameron et toute la bande de Bloomsbury. L’entourage de Virginia fait rêver.

Vita

Mais tous les amis de Virginia ne peuvent empêcher l’angoisse de la gagner. La montée du fascisme amplifie sa mélancolie et son désespoir. J’ai toujours pensé que le suicide de Virginia Woolf était comparable à ceux de Stefan Zweig ou Walter Benjamin.  Devant le fascisme et l’antisémitisme de Hitler, y-a-t-il un autre avenir que la mort ? La bande-dessinée rejoint cette idée : « Les troupes d’Hitler sont entrées dans Paris. C’est la fin. Comment l’Angleterre pourrait-elle leur résister ? Et nous, juifs, leur échapper ? Le suicide est notre seule issue. »

Les textes de Michèle Gazier et les dessins de Bernard Ciccolini sont d’une grande délicatesse et dessinent un portrait remarquable de Virginia Woolf avec ses zones d’ombre et ses moments de joie. Le suicide de Virginia Woolf notamment est suggéré avec beaucoup de finesse : la canne de l’auteur repose au bord de l’Ouse, le thé est servi mais personne n’est plus là pour le boire. Cette biographie dessinée de Virginia Woolf est une grande réussite et un bel hommage à cette immense écrivain.

Time3

Le billet récapitulatif pour déposer vos liens est ici.


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16 réflexions sur “Virginia Woolf de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini

  1. Moi qui lit rarement des BD, celle-ci avec sa couverture magnifiques, ses dessins très fins m’attirent beaucoup… En plus, j’ai l’impression que l’époque et le caractère de l’auteur sont respectés ! J’ai hâte de découvrir cette merveille !

  2. @Maggie : Tu as tout à fait raison de vouloir découvrir cette BD, je trouve que c’est une merveille. La vie de Virginia Woolf est très bien rendue et les dessins sont magnifiques.

  3. Je n’ai pas forcément envie de lire un BD mais tu me rappelles que je dois me remettre aux romans de Virginia, certainement pendant ce mois anglais d’ailleurs 🙂

  4. @Cryssilda : Je ne suis pas très BD en général mais celle-ci est vraiment réussie. Je voulais que Virginia Woolf soit présente durant notre mois anglais mais je n’aurais pas le temps de lire un de ses livres. Son esprit est quand même là grâce à cette BD.

  5. Je ne connaissais pas cette BD mais tu te doutes bien qu’elle m’intéresse, d’autant plus qu’elle retrace finalement bien la vie de Woolf d’après ce que tu expliques. Je ne sais pas encore si je vais pouvoir publier un billet sur Virginia mais je vais faire de mon mieux car j’ai très envie de la retrouver !

  6. @Malice : Je sais que tu apprécies beaucoup la grande Virginia et je pense que cette BD pourrait te plaire.

    @L’or des chambres : Je t’en prie, elle le mérite ! Le dessin est très beau et le texte rend un bel hommage à Virginia Woolf.

    @Lou : Je m’en doutais bien que j’allais t’intéresser avec cette BD, elle est vraiment très réussie. L’histoire de Virginia n’est bien entendu raconté dans les moindres détails mais le principal y est.

    @Eliza :J’ai été séduite par le dessin qui est délicat et comme j’adore Virginia Woolf je ne pouvais que craquer !

  7. Tu m’en apprends beaucoup sur la vie de Virginia Woolf ! On a parfois du mal à se dire qu’il y a un écrivain derrière les mots que l’on lit… les illustrations sont belles, cette bd a l’air très délicate.

  8. @Perrine : Je ne m’intéresse pas toujours à la bio des auteurs que j’apprécie mais Virginia Woolf était un personnage très intéressant et complexe. Et puis j’ai totalement craqué sur les dessins de cette BD.

  9. Oh oui, je te comprends, ils sont vraiment beaux ! C’est vrai que Virginia Woolf est un personnage complexe, que j’aurais aimé rencontrer ! Alors… elle n’aimait pas son mari, c’est ça ? Elle l’appréciait, mais ce n’était pas de l’amour à proprement parler…
    Cette histoire d’épagneul, je me souviens d’une photo dans FLUSH (excellent bouquin), montrant ce fameux chien. Cette femme a eu un parcours si extraordinaire ! J’aimerais lire ses correspondances, ça m’intéresserait beaucoup, non seulement parce que la plume de Virginia Woolf est toujours un délice mais aussi car j’aurais l’impression de la connaître un peu mieux à travers des situations concrètes.

  10. @Perrine : Je pense qu’elle aimait Leonard mais elle rêvait de plus de passion, de sentiments plus forts. C’était plus un ami, un compagnon.
    J’avais également adoré « Flush », un excellent livre et très original. Pour le moment, j’ai aimé tous les livres de Virginia Woolf que j’ai lus. On m’avait offert sa correspondance avec Vita Sackville-West mais je ne l’ai pas encore lue.

  11. Pingback: Virginia Woolf de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini | Cecile's Blog

  12. Merci pour cette présentation ! J’aime beaucoup l’oeuvre de Virginia Woolf, surtout « Orlando » … Je pense que je vais me procurer cette BD assez rapidement !

  13. @Cécile : Je suis ravie de t’avoir donné envie de lire cette BD. J’irai lire ton article dès que possible.

    @Mrs Figg : Si tu aimes Virginia, tu vas probablement adorer cette BD. J’ai également beaucoup aimé « Orlando » et je trouvais le dessin l’illustrant très réussi.

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