Sur l'autre rive du Jourdain de Monte Schultz

 

Alvin Pendergast, jeune fermier de l’Illinois, assiste à un marathon de danse. Dans les gradins, il fait la connaissance d’un jeune type, Chester Burke. Celui-ci lui propose de l’emmener dans sa Packard, avec un travail à la clé, là-bas de l’autre côté du Missouri. Fasciné par la prestance de Chester, Alvin accepte. « Jamais Alvin n’avait vu des yeux aussi bleus que les siens. Chester se rasait chaque matin. Sentait l’eau de Cologne. Arborait des faux cols impeccables et des costumes chics. Donnait ses chaussures à cirer avant le petit déjeuner. Souriait à tous ceux qu’il croisait, n’avait jamais l’air d’avoir peur, pensa Alvin. Il  se dit qu’il pouvait en prendre de la graine. Après tout, comme modèle, il aurait pu trouver pire. »

Mal lui en a pris. Nous sommes à l’été 1929. Alvin est tuberculeux, et a fait un séjour traumatisant d’un an dans un sanatorium quelques années auparavant. Sentant renaître la maladie, il craint d’y être renvoyé. Il cherche également à fuir la vie de la ferme familiale pour laquelle il ne se sent pas fait. Mais il ne tardera pas à découvrir la véritable personnalité de Chester, gangster sans état d’âme et fou criminel. Les deux comparses croisent la route de Rascal, un nain très volubile, qui se joint à eux.

Les titres de chapitre – pour chacun le nom d’une localité : Farrington, Illinois ; Hadleyville, Missouri ; Harrisson, Kansas ; etc. – dessinent la carte de l’errance criminelle du trio. « Leur périple était devenu bien morbide et étrange depuis qu’ils avaient quitté Hadleyville, se disait Alvin dont le cœur recommençait à se serrer. Un lacis de détours, de marches arrière, de vieilles routes où ils étaient les seuls à s’aventurer. […] Chester avait passé son été à se fondre parmi ces gens et à prendre la vie ceux qui avaient eu le malheur de croiser son chemin, tel un ange des ténèbres au jour du Jugement dernier. Alvin savait que son âme avait été souillée par sa complicité et qu’aucune excuse aux familles des victimes ne le rachèterait. Accablé par tout ce qu’il avait vu depuis Hadleyville et convaincu que le coupable paierait un jour ou l’autre, il avait parcouru ces kilomètres en silence sans provoquer Chester. Pourquoi ? »

Rongé par la peur et la culpabilité, Alvin est dans le même temps effrayé à l’idée de retourner à son ancienne vie. Il faudra la détermination de Rascal et l’aide des saltimbanques d’un cirque pour se défaire de l’emprise de Chester. La fin du roman se teinte alors de fantasmagorie. On pourrait d’ailleurs reprocher au roman de ne pas entrer de plain-pied dans la noirceur et le tragique. Autre réserve : on ne comprend jamais vraiment l’ascendant de Chester sur ses deux compagnons, la faute sans doute à une psychologie succincte des personnages. Cependant le livre reste d’une lecture agréable, en particulier par son évocation du Midwest des années 20. Même s’il m’a un peu laissé sur ma faim, ce roman m’a suffisamment intéressé pour que j’aie envie de découvrir la suite de la trilogie que Monte Schultz (fils du créateur des Peanuts) a consacré aux années 1920-1930, dont « Sur l’autre rive du Jourdain » est le premier volet. 

Merci à Denis des éditions Phébus.

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7 réflexions sur “Sur l'autre rive du Jourdain de Monte Schultz

  1. Je te rejoins sur le peu de profondeur psychologique des personnages : les bons sont gentils et les méchants… très méchants.
    Cela dit cela ne m’a pas trop gêné car je pense que le véritable intérêt de ce roman tient plus dans les pérégrinations des personnages et leurs interactions qui débouchent sur des situations dramatiques… ou pas. Et je te rejoins aussi sur la superbe évocation des années 20 et de la prohibition.
    Bref, on a lu le même roman et on y a pris le même plaisir. 🙂

  2. J’aime beaucoup cette collection, c’est donc un gage de qualité. Je vois à droite un livre de Jack London, un de mes écrivais préférés! J’en profite pour recommander un de ces romans assez peu connu, mais qui est pourtant un authentique chef-d’oeuvre: Martin Eden (chez Phébus également).

  3. @ In Cold Blog : oui, en lisant ta critique du livre (http://www.incoldblog.fr/?meta/oeuvres/Sur%20l%27autre%20rive%20du%20Jourdain) je vois que nous sommes d’accord pour l’essentiel. Et comme toi je suis curieux de découvrir la suite de cette trilogie.

    @ Marc : les éditions Phébus font vraiment un excellent travail éditorial. Sur ce blog nous adorons Jack London, un écrivain à l’oeuvre très diverse et parfois méconnue. Entièrement d’accord avec toi : on ne saurait trop recommander la lecture de « Martin Eden ».

  4. Coucou, je viens de m’acheter un livre de Hammett (pour roman noir des années 50, ca convient ?)Il était temps me dirais-tu !
    en ce qui concerne sur l’autre rive du jourdain, ca a l’air vraiment particulier… Peut-être le croiserai-je au détour d’un rayon de bibliothèque…

  5. J’ai beaucoup hésité à lire ce roman, ce que tu en dis aurait plutôt tendance à me convaincre malgré tes réticences… ceci dit j’ai encore plusieurs romans de cet éditeur en attente, je vais déjà les lire 🙂

  6. @maggie : Titine me charge de te dire que Dashiell Hammett est plutôt un auteur des années 20-30, donc ça ne colle pas au challenge qui est exclusivement consacré à Himes, Goodis et Thompson. Pourquoi ne pas lire aussi un de ces grands auteurs ? En ce qui concerne Hammett, c’est très bien aussi bien sûr, nous espérons lire bientôt ton avis sur lui.

    @Lou : ce n’est pas le livre du siècle, mais c’est encourageant pour la suite de la trilogie.

    @Manu : c’est le genre de livre dont on peut attendre la parution en poche (si toutefois il paraît en poche un jour) ou sinon l’emprunter à la bibliothèque. C’est en tout cas un bon divertissement.

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