Op Oloop de Juan Filloy

 

Optimus Oloop, dit « Op Oloop », est un statisticien finlandais qui vit dans le Buenos Aires des années 30. « Pourfendeur infatigable de la spontanéité, Op Oloop était la méthode incarnée, la méthode faite verbe, celle qui canalise en profondeur les espoirs, les sensations et les désirs pour éviter les sursauts de l’esprit et les frémissements de la chair. » « Fils unique de la méthode et de la persévérance, Op Oloop était une mécanique humaine des plus parfaites, la création humaine la plus insigne qu’ait connue Buenos Aires en matière d’autodiscipline. » Op Oloop est un psychorigide forcené. Sa vie est réglée comme du papier à musique, chacune de ses activités est planifiée et chronométrée. Cette « méthode » qu’il s’impose doit à son sens lui permettre de « sortir de l’insignifiance pour atteindre la grandeur ». Pourtant… « Et pourtant, je sens qu’un souffle de rébellion, hier timide, aujourd’hui implacable, cherche à s’immiscer dans mes pensées surpeuplées… et stériles. Car à trop vouloir devenir “ quelqu’un qui compte ” dans ce monde, je me suis castré moi-même. Je n’ai réussi à devenir qu’une boule d’angoisse, au sens pathologique du terme […] ». En effet, pendant les dix-neuf heures de cette journée d’Op Oloop, la mécanique bien huilée va se gripper.

Op Oloop ne serait qu’un personnage bouffon et pathétique s’il ne révélait ses failles au fil des pages. On apprend qu’il a quitté sa Finlande natale en 1919 après l’échec de la révolution bolchevique à laquelle il a pris part. Cet idéaliste contrarié qui croyait dominer sa vie par la force de l’habitude et de la routine prend peu à peu conscience de ses manques au cours de cette journée funeste. Mais c’est son amour pour Franziska, l’amour surtout, instinctif et qui « refuse de se laisser compter, coordonner, uniformiser, automatiser », qui finira de détraquer l’ « esprit géométrique » d’Op Oloop.

Le ton du livre se fait tantôt comique, tantôt sérieux, tantôt trivial, tantôt érudit. Un bien étrange livre qui fait souvent référence à la philosophie, la psychologie, et qui comporte des passages de pur lyrisme. Un livre composite donc, parfois complexe, indéniablement original, écrit par un auteur aimant jouer avec les mots. Juan Filloy (1894-2000), écrivain argentin méconnu, admiré par Borges, a été qualifié par certains critiques de « pré-oulipien ». Amateur de palindromes, il en a publié plusieurs milliers. Auteur de poésie, de pièces de théâtre, de nouvelles et de vingt-sept romans qui ont tous la particularité de n’avoir que des titres de sept lettres, il n’a jamais été traduit en français. Gageons que cet « Op Oloop » n’est que le début de la découverte chez nous de l’œuvre de cet ovni dans le monde des lettres.

Lu dans le cadre de Masse Critique de Babelio.

Op Oloop par Juan Filloy

Op Oloop

Juan Filloy

 

Critiques et infos sur Babelio.com

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s