Histoires sanglantes de E. Wharton, HP Lovecraft et F. Brown

Les histoires sanglantes de ce livre sont trois récits consacrés aux vampires à des époques et dans des styles très différents.

La première nouvelle, intitulée « L’ensorcelé », a été écrite par Edith Wharton (1862-1937). Trois hommes sont convoqués chez Mrs Rutledge : Orin Bosworth, le diacre Hibben et Sylvester Brand.  L’invitation est fort curieuse car la maison des Rutledge est très isolée et peu de gens y sont invités. Mrs Rutledge est une femme distante, froide et pourtant elle a fait venir ses trois voisins pour leur demander de l’aide. Son mari serait possédé et attiré par le fantôme de Ora Brand, la fille décédée de Sylvester. Dans cette nouvelle, Edith Wharton ne parle pas clairement de vampires mais elle utilise tous les éléments du mythe. Mr Rutledge est d’une pâleur cadavérique, maigre, anémimé. « Le bon homme est malade… ça c’est sûr. Quelque chose est en train de boire sa vie jusqu’à la dernière goutte. » Même pour éliminer la revenante, les pratiques choisies sont caractéristiques : pieu dans le coeur ou balle. La nouvelle d’Edith Wharton reste très proche du mythe d’origine, elle est classique de la littérature vampirique, et plaisante à lire.

Avec Howard Philips Lovecraft (1890-1937), on progresse un peu dans le temps et sa nouvelle a une connotation très différente de celle d’Edith Wharton. Le coeur de la nouvelle est une maison maudite. Celle-ci se trouve à Providence où Edgar Allan Poe, que Lovecraft admirait, séjourna dans les années 1840. Lovecraft a lui même vécu dans cette ville et il raconte son histoire à la première personne comme s’il s’agissait d’un témoignage. Cette maison maudite effraie toute la ville, elle est abandonnée depuis longtemps et présente un aspect délabré et insalubre. Intrigués par l’histoire de la demeure, Lovecraft et son oncle médecin font des recherches. En retraçant les vies des différents propriétaires, ils se rendent compte que les gens sont morts en grand nombre dans la maison. « Mais plus troublant encore, le phénomène qui mit un terme à la location de la maison fut une série de morts dues à l’anémie et précédées de folies progressives au cours desquelles les malades essayaient d’attenter par la ruse à la vie de leurs parents en leur mordant le cou ou le poignet. » De nouveau, on retrouve les symboles classiques d’une personne sous l’emprise d’un vampire : maigreur, pâleur, volonté de mordre les autres. Là où Lovecraft diffère des récits habituels, c’est qu’il veut résoudre le mystère de cette maison par la science. Le phénomène doit et peut s’expliquer par des moyens  scientifiques. Lovecraft et son oncle vont donc s’employer à observer la demeure. Comme le dit parfaitement la mini préface précédant la nouvelle, les évènements sont d’autant plus effrayants qu’ils peuvent être expliqués par la science. Je ne connaissais pas l’oeuvre de Lovecraft et je suis très intriguée par sa démarche originale.

La dernière nouvelle, « Du sang », a été écrite par Fredric brown (1906-1972). Au XXIIème siècle, les hommes ont exterminé tous les vampires mais un couple a réussi à s’échapper. Vron et Dreena fuient dans le futur dans une machine à voyager dans le temps. Ils tentent de trouver une époque où les vampires auraient été oubliés. Cette nouvelle très courte est extrêmement drôle. Vron et Dreena vont avoir beaucoup de mal à trouver une époque où vivre.  La chute de la nouvelle est vraiment très réussie.

Ce recueil bilingue de nouvelles vampiriques réunit trois visions très différentes du mythe. J’ai trouvé très intéressant de comparer ces trois auteurs qui montrent la vigueur et l’intemporalité du vampire.

Je remercie Constance et Folio pour cette lecture sanglante !

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7 réflexions sur “Histoires sanglantes de E. Wharton, HP Lovecraft et F. Brown

  1. Oh! C’est mon genre. Je n’aurais pensé qu’Edith Waarton avait écrit un récit sanglant! Quelle surprise! Sais-tu si c’était un de ses premiers écrits ou vers la fin de sa carrière?

  2. J’adore les nouvelles fantastiques d’Edith Wharton ! Rien que pour ça, je note ce recueil. Et comme les deux autres ont l’air formidable aussi…

  3. Mélodie, le récit de Wharton n’a rien de sanglant, c’est le titre qui est un peu racoleur car justement le choix de textes ne portent pas sur des vampires mordant tout ce qui bouge 🙂

  4. @Mélodie : Comme le dit très bien Lou, il n’y a rien de sanglant dans cette nouvelle, Edith Wharton ne donne pas de détails gore ! Elle aimait beaucoup les nouvelles fantastiques, les ambiances mystérieuses. Il existe chez Joëlle Losfeld deux recueils de nouvelles fantastiques de la grande romancière américaine.

    @Mélopée : Oui c’est incroyable à quel point le vampire est indémodable ! C’est ce qui m’a plu dans ce recueil, des auteurs et des époques très différentes mais toujours le même mythe. C’est vraiment intéressant de comparer.

    @Céline : Je suis comme toi, j’aime beaucoup l’ambiance des histoires fantastiques d’Edith Wharton…mais je ne crois pas qu’il y est quoi que ce soit que je n’aime pas chez elle ! Je ne connaissais pas l’univers de Lovecraft et c’est assez surprenant. Ce recueil m’aura au moins permis de faire sa connaissance !

    @Lou : Le titre du recueil est amusant, il n’y a beaucoup de sang dans ces nouvelles mais un vampire reste un vampire ! Une lecture très sympathique en tout cas, sur laquelle nous sommes en parfait accord…encore une fois !

  5. Je connais la première nouvelle que j’ai beaucoup aimé par son registre fantastique très réussi. En revanche, j’ai lu quelques récits de Lovecraft qui m’ont vraiment effrayée par leur atmosphère plus que par des événements sanglants. Ce récit-là a pourtant l’air moins horrifique que mystérieux. Quant au dernier, c’est un auteur que je ne connais pas encore me semble-t-il et ce recueil me tente vraiment (grrr ! Oui encore ! Je suis très très faible !).
    PS : peut-être aussi une occasion pour moi de le lire en VO si les nouvelles ne sont pas trop longues… et surtout pas trop compliquées !!!

  6. @Maggie : J’ai découvert Lovecraft avec cette nouvelle, son univers est assez particulier. Je ne sais pas s’il utilise toujours la science pour expliquer les mystères mais c’est très original. En tout cas, ce récit n’est pas du tout effrayant, il ne te fera pas passer de mauvaises nuits !! La dernière est vraiment très drôle, je connais l’auteur depuis peu et la SF humoristique est sa marque de fabrique. Tu peux tenter de les lire en vo, tu auras toujours la version française pour t’aider.

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