La beauté sur la terre de Charles-Ferdinand Ramuz


Peu connu, l’écrivain suisse francophone Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947) est pourtant l’auteur d’une œuvre forte et originale, à l’atmosphère noire et au style poétique.

Ses histoires se déroulent dans les Alpes natales de l’auteur, et mettent en scène des personnages écrasés par un destin funeste comme par les montagnes qui les entourent. « La beauté sur la terre » en est un nouvel exemple. Milliquet, tenancier d’un café dans un village au bord du lac Léman, apprend la mort de son frère, émigré depuis de nombreuses années à Cuba. Ce dernier laisse une orpheline de 19 ans, Juliette, qu’il demande à son frère, dans ses dernières volontés, de recueillir. L’arrivée de la jeune fille, extraordinairement belle, va provoquer un grand trouble dans la petite communauté. Tous les hommes, jeunes ou vieux, la convoitent, les femmes s’en méfient. Non loin vit Urbain, un ouvrier cordonnier, immigré italien et bossu, un joueur d’accordéon dont la musique et la marginalité attirent Juliette.

Après une rixe dans le café, Juliette est chassée de chez son oncle sous la pression de la femme de celui-ci. Elle trouve refuge chez Jules Rouge, pêcheur de soixante ans qui la prend sous sa coupe, heureux de combler sa solitude. Mais Milliquet, pressé par des problèmes d’argent, veut récupérer la jeune fille qui peut lui attirer une nombreuse clientèle. Il met le juge aux trousses de Rouge pour détournement de mineure. Juliette risque de se retrouver dans un orphelinat. Rouge propose alors à la jeune fille de fuir en France. Dans le même temps, d’autres villageois décident d’enlever Juliette pour la mettre en pension chez la tante de l’un deux. De son côté, Urbain décide d’unir leurs deux solitudes et de partir sur les routes avec elle.

« Car est-ce qu’on sait que faire de la beauté parmi les hommes ? » Ramuz interroge la place de la beauté (de la poésie ? de l’art ?) parmi des hommes qui ne rêvent que de la posséder, et par là de l’abîmer. Juliette en est une sorte de figure allégorique, car jamais Ramuz ne nous dit à quoi elle ressemble exactement. Seuls Urbain et Rouge sont capables de la respecter et de la préserver, peut-être parce qu’ils partagent cette solitude qui hante les personnages de Ramuz et les condamne à ne jamais pouvoir s’unir.

Le tragique est au cœur des romans de Ramuz. Ce qui frappe chez cet auteur par-dessus tout, c’est un style incomparable, qui n’est pas sans analogie avec celui de Giono pour ce côté « régionaliste », par ailleurs totalement artificiel (on ne s’exprime pas comme ça dans la Provence de Giono ou la Suisse romande de Ramuz). Ce qui fait illusion, c’est cette façon de « mal écrire exprès » que lui reprochaient tant les critiques, de malmener la syntaxe et la grammaire, de mêler sans transition passé et présent, etc., mais qui crée une langue puissamment évocatrice et lyrique.

Après avoir lu il y a bien longtemps « Jean-Luc persécuté », la lecture de « La beauté sur la terre » m’a plus que jamais donné envie de poursuivre la découverte de l’œuvre de Ramuz, en particulier avec « Derborence », considéré comme son chef-d’œuvre.

 

Un grand merci à Lise des éditions Gallimard.

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8 réflexions sur “La beauté sur la terre de Charles-Ferdinand Ramuz

  1. J’ai lu Derborence ado et c’est une lecture qui m’avait beaucoup marquée. Je n’ai plus jamais lu Ramuz mais tu me donnes envie de poursuivre la découverte.

  2. J’ai lu « la grande peur dans la montagne » il y a quelques années pendant ma période montagne. J’avais adoré. Je crois bien que j’ai « Derborence » chez moi mais je ne l’ai pas encore lu.

  3. Je crois avoir lu « la grande peur dans la montagne » étant ado mais je ne m’en souviens pas du tout… découverte à reprende un jour !

  4. @zarline : « Derborence » est le plus réputé de ses livres, et si en plus il t’a marquée , alors c’est sûr c’est le prochain Ramuz que je lirai.

    @Pascale : « La grande peur dans la montagne » est souvent cité aussi, il me tente également. Si on aime la montagne, Ramuz est incontournable.

    @Lou : j’ai l’impression que ce que l’on retient des livres de Ramuz, c’est une ambiance plus que l’histoire. C’est mon cas du moins avec « Jean-Luc persécuté ».

  5. je viens de finir ce roman que j’ai adoré …et j’ai partagé votre avis sur ma page tellement c’était proche de mon ressenti ..donc merci à Titine75 d’avoir sû trouver les mots qui me manquaient !

    • Merci beaucoup. Le style et les histoires de Ramuz sont âpres, comme la vie dans ces montagnes chères à l’auteur, mais ne laissent pas indifférent le lecteur.

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