La récompense d'une mère de Edith Wharton

 Lorsque j’ai lancé mon challenge sur Edith Wharton, c’était pour achever la lecture de ses romans. « La récompense d’une mère » était le dernier qui me restait à découvrir.

Kate Clephane réside à Nice, pas par choix, elle a échoué ici après avoir quitté son foyer new yorkais dix huit ans plus tôt. Elle avait alors fui avec un homme mais c’était un prétexte pour quitter son mari et les étouffantes obligations de sa vie. Elle avait dû également abandonner sa fille, encore bébé à l’époque. « Elle avait beau reculer et se dérober à la réalité, elle était  bien forcée de se rendre à l’évidence. Elle avait abandonné sa fille, sa fillette de trois ans. Elle l’avait fait avec horreur, avec arrachement, et en même temps avec un soulagement ineffable, parce qu’elle échappait à l’oppression de sa vie conjugale, à l’asphyxiante atmosphère d’égoïsme et d’indifférence qui émanait de John Clephane comme l’acide carbonique sort des fentes d’une cheminée. «  Kate n’avait pas passé toutes ces années seules, elle eut une histoire d’amour avec un jeune homme, Chris Fenno, qui finit par l’abandonner. Elle avait fait une croix sur son passé mais il se rappelle à elle sous la forme d’un télégramme de sa fille Anne. Celle-ci lui demande de revenir à New York saute bien entendu sur l’occasion mais bien des fantômes l’attendent là-bas.

« La récompense d’une mère » est un livre extrêmement whartonien. L’auteur y parle de ses sujets de prédilection : le destin des femmes, la cruauté de la vie et New York. Edith Wharton s’est très souvent penchée sur le sort fait aux femmes et notamment dans le cadre du mariage. Elle, qui avait divorcé, ne pouvait que parler des mariages arrangés de la haute société. Elle le fera encore dans son dernier roman « Les boucanières » mais avec une fin positive. Ici Kate ne nous expose pas les raisons qui l’ont mené à épouser John Clephane mais l’on imagine sans peine qu’il ne s’agit pas d’un mariage d’amour. Elle aura le courage de quitter son mari, de vivre en dehors de son monde. Le prix à payer est l’isolement, la solitude pesante. Mais on voit que même loin de la haute société, Kate veut retrouver un rang, une place : « On avait tremblé et pleuré, travaillé dur et fait des sacrifices; on se privait de robes, de bridge, de beurre, de bonbons et de voiture, mais peu à peu, à la faveur des « oeuvres », on s’insinuait dans la société, cette forteresse jusque là inexpugnable. » La société, ce carcan bien aimé, reste indispensable pour Kate. C’est le paradoxe du personnage, elle a voulu échappé à son monde mais les réunions mondaines lui manquent et la solitude est un fardeau trop lourd. 

Retrouver sa fille est donc inespéré pour Kate, elle revient à New York parmi ses amis et grâce à son enfant. Mais Edith Wharton est souvent bien cruelle avec ses personnages, c’était le cas de Lily Bart dans « Chez les heureux du monde » ou de la comtesse Olenska dans « Le temps de l’innocence ». Trop d’illusion, trop de volonté de s’affranchir feront d’elle des parias. Kate n’avait plus d’espoir jusqu’au télégramme de sa fille. C’est une nouvelle vie qui commence, une renaissance. La realtion avec se fille est simple, naturelle et les deux femmes deviennent vite inséparables. Malheureusement le bonheur, l’harmonie seront de courte durée. C’est le passé sous la forme de Chris Fenno qui va gâcher la joie de Kate. A la manière de Newland Archer dans « Le temps de l’innocence », Kate Clephane aura un choix impossible à faire entre sa fille et sa réputation. 

New York est très présente dans ce roman. C’est la ville que Kate a fui en même temps que son mari. L’immeuble de la 5ème avenue n’a pas bougé, le mobilier, la décoration sont intacts. Mais la ville, elle, a bien changé. Kate n’avait pas vu le temps passé. La vieille Europe n’avait pas évolué aussi vite. Dix huit ans avait passé sans que Kate n’en prenne conscience. A New York, elle sent qu’elle fait partie d’un monde révolu. Sa jeunesse a disparu et ses espérances avec. New York la ramène à la réalité et au fait que sa vie ne peut recommencer. 

Inutile de vous dire que j’ai apprécié ce court roman, Edith Wharton fait définitivement partie de mon panthéon littéraire. J’apprécie tout autant son style que ses thèmes, toujours traités avec cette amertume qui vous pince le coeur. Je remercie touts les participants à ce challengeet j’espère vous avoir fait découvrir et aimer cette grande dame de la littérature américaine.

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8 réflexions sur “La récompense d'une mère de Edith Wharton

  1. Le dernier roman à découvrir ? quelle chance, je n’ai pas encore découvert le tiers de son oeuvre… Mais celle-ci a l’air magnifique ! Tes références à Lily et aux autres thèmes whartoniens me donnent vraiment envie de plonger dans ce roman que je ne connais pas encore !

  2. Je ne connaissais ce titre que de nom, mais ton billet est vraiment très alléchant ! Wharton et mariage, une constante, mais c’est toujours un régal. Bravo pour l’intégrale en tout cas, moi j’en ai encore plein à me mettre sous la dent !

  3. @Maggie : Oui c’était bien mon dernier roman mais il faut dire que Edith Wharton m’accompagne depuis longtemps maintenant. Mais il me reste encore plein de nouvelles à découvrir ! Et je suis vraiment contente que tu aies envie de lire les reste de son oeuvre.

    @Lilly : C’est un roman de Edith Wharton que j’ai beaucoup aimé, il est vraiment caractéristique de son oeuvre je trouve. La question du mariage est toujours centrale mais traitée sous des angles différents à chaque fois. Tu as de la chance d’en avoir plein à te mettre sous la dent ! Maintenant je n’ai plus qu’à les relire !!

    @Céline : Chouette ! J’espère que tu l’aimeras autant que moi. 😉

  4. je suis en pleine période Whartonienne, je note donc particulièrement celui-ci, peut-être pour le mois américain.

  5. Il est impossible de ne pas pas penser à Deneuve à la lecture de la description de Kathe. D’ailleurs Benoît Jacquot a projeté d’adapter a Récompense… au cinéma avec La Grande Catherine et Drew Barrymore dans le rôle de sa fille Anne.

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