Easter parade de Richard Yates

Sarah et Emily Grimes sont nées dans les années 30 et leurs parents divorcent lors de leur enfance. Les deux soeurs vivent avec leur mère, frivole et s’occupant plus de son allure que de l’éducation de ses enfants : « Esther Grimes, dite Pookie, était une petite femme séduisante dont l’existence semblait consacrée à la quête et à la conservation d’un idéal qu’elle appelait « le style ». Elle dévorait les magazines de mode, s’habillait avec goût et essayait toutes sortes de coiffures, mais elle avait toujours cette lueur perplexe dans le regard et n’avait jamais vraiment su comment empêcher son rouge de déborder, ce qui lui donnait un air hésitant, mi-hébété, mi- vulnérable. Comme elle trouvait davantage de classe aux riches qu’aux gens de catégorie sociale moyenne, elle éduquait ses filles en aspirant aux attitudes et aux manières des nantis. » Sarah et Emily vivent donc dans un monde rêvé par leur mère. Dans leur imagination, les deux fillettes réinventent et grandissent leur père : elles le voient grand journaliste alors qu’il n’est que correcteur des titres du Sun. Leur enfance loin de la réalité décidera probablement de leurs destinées à la fois opposées et au final très semblables.

Lecteurs optimistes, passez votre chemin, l’univers de Richard Yates n’est pas pour vous et il nous le dit dès l’ouverture de son roman : « Aucune des deux soeurs Grimes ne serait heureuse dans la vie, et à regarder en arrière, il apparaît que les ennuis commencèrent avec le divorce de leurs parents. » Les deux soeurs choisissent des vies très différentes. Sarah, l’aînée, choisit une vie adulte conformiste : elle se marie très tôt, fait des enfants, vit à la campagne et ne travaille pas. Elle rêvait du grand amour qui dure éternellement et finira par noyer sa désillusion dans l’alcool. Emily refuse de rentrer dans le moule prévu pour les femmes dans les années 50. Elle est une petite soeur d’April Whealer, l’héroïne du chef-d’oeuvre de Richard Yates « La fenêtre panoramique », elles ont toutes deux de grands rêves anticonformistes et d’indépendance. Pour Emily, l’illusion dure quelque temps : elle travaille, organise des fêtes dans son appartement, passe d’homme en homme. Après deux mariages, plusieurs déménagements, une carrière qui stagne, Emily n’est pas plus satisfaite de sa vie que Sarah. La cadette a pourtant tout fait pour s’éloigner de sa soeur et ne pas lui ressembler. Les relations entre Sarah et Emily se distendent au fil des années mais toutes deux finissent déçues par leur vie et terriblement seules. Richard Yates se concentre sur le destin d’Emily qui semble plus prometteuse, plus indépendante et plus solide. La chute, la désillusion n’en sont que plus rudes. Comme dans « La fenêtre panoramique », le constat de Richard Yates est cruel et désenchanté. Les portraits des deux soeurs et de leur époque sont rendus avec beaucoup de justesse.

Moins fort que « La fenêtre panoramique », « Easter parade » est néanmoins un beau roman empli de tristesse et d’aigreur. L’écriture de Richard Yates fait encore merveille et l’empathie est totale avec Sarah et Emily. Le pessimisme a parfois du bon.

 

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7 réflexions sur “Easter parade de Richard Yates

  1. Ma chère Titine, Je vais finir par croire que tu n’aimes que les auteurs pessimistes entre Yates et Wharton ! Je n’ai toujours rien lu de cet auteur et j’avais déjà repéré ce livre qui me tente beaucoup…Après tout, Lily De chez les heureux du monde est certainement le personnage qui m’a le plus frappé cette année !

  2. @Maggie : Ce que tu penses n’est pas tout à fait faux ! Je ne m’intéresse pas spécifiquement à un auteur pour son pessimisme mais l’étant un peu moi-même je suis forcément à attirer par ces thèmes. Si tu veux lire Yates, je te conseille de commencer par « La fenêtre panoramique » qui est un roman brillant, génial et très pessimiste !

  3. Je te découvre via ton commentaire sur ce cher Hitch! Comme toi je l’adore et le vénère depuis que je suis petite (un père cinéphile et adorateur de Hitchcock, forcément ça laisse des traces ^^)et comme toi je n’ai pas encore lu Daphné du Maurier. Bref un plaisir de rencontrer une autre passionnée des ?uvres de cet immense cinéaste!
    Sinon j’ai lu et chroniqué « Easter Parade » en novembre je crois, un coup de c?ur pour moi!

  4. @Choupynette : Si tu as aimé « La fenêtre panoramique », tu dois lire celui-ci. Il est un moins réussi que le premier mais il vaut quand même le détour.

    @Sabbio : J’avais déjà repéré ton nom chez George et chez Maggie, je suis ravie de te voir chez moi ! Et je le suis d’autant plus lorsque je lis que tu adores Hitch. A propos de Daphné du Maurier, j’ai quand même lu l’année dernière « Rebecca » que je te conseille chaudement. Cela m’a d’ailleurs permis de revoir le film…oui bon je n’en avais pas tellement besoin car il fait partie de mes préférés ! d’ailleurs, quel est ton Hitch préféré ?
    Je vais aller lire ton article sur « Easter parade » et découvrir ton blog. Tu as lu « La fenêtre panoramique » ?

  5. Comme j’avais beaucoup aimé « La fenêtre panoramique », je lirai peut-être, finalement, celui-ci, parce que, tu as raison, « Le pessimisme a parfois du bon. » !

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