Mauprat de George Sand

 

A 80 ans, Bernard Mauprat décide de conter l’histoire remarquable de sa jeunesse et de sa famille. Deux branches fort dissemblables existaient chez les Mauprat : la branche aînée à laquelle appartenait Bernard et qui régnait sur la château de la Roche-Mauprat ; la branche cadette uniquement représentée  par le chevalier Hubert de Mauprat et sa fille Edmée. Les Mauprat de la branche aînée, surnommés les Coupe-Jarret, faisaient régner la terreur sur les paysans de la campagne berrichonne. Bernard fut orphelin à 7 ans et fut expédié chez son grand-père Tristan à la Roche-Mauprat. C’est donc dans la violence, la terreur et les brimades que l’enfant grandit.

Un soir, alors que Bernard a 17 ans, l’oncle Laurent ramène une jeune femme égarée dans la forêt, une future victime de la perversité et de la concupiscence des Mauprat. Bernard, séduit par l’immense beauté de la dame, décide de la garder pour lui. C’est alors qu’il réalise qu’il s’agit de sa parente Edmée. Il décide de la sauver après lui avoir fait promettre qu’elle se donnerait à lui avant tout autre homme. Durant leur évasion, le château de la Roche-Mauprat est assailli par les gendarmes ce qui permet aux deux jeunes gens d’échapper à la vindicte des Mauprat Coupe-Jarret. Bernard est alors recueilli par Hubert de Mauprat dans son château de Sainte-Sévère où l’on va tenter de l’éduquer.

« Mauprat » est un roman protéiforme, c’est tout à la fois un roman gothique, un roman d’amour, un roman féministe et un roman de formation. George Sand nous place d’emblée dans une ambiance gothique, le personnage à qui Bernard Mauprat raconte sa vie nous décrit ainsi la Roche-Mauprat : « Depuis ce temps, quand les bûcherons et charbonniers qui habitent les huttes éparses aux environs passent dans la journée sur le haut du ravin de la Roche-Mauprat, ils sifflent d’un air arrogant ou envoient à ces ruines quelque énergique malédiction ; mais quand le jour baisse et que l’engoulevent commence à glapir du haut des meurtrières, bûcherons et charbonniers passent en silence, pressant le pas, et de temps en temps font un signe de croix pour conjurer les mauvais esprits qui règnent sur ces ruines. » L’auteur utilise les codes du roman gothique dont semble-t-il elle était friande (la préface nous indique en effet que George Sand lisait Ann Radcliffe). On trouve dans « Mauprat » des ruines inquiétantes, des seigneurs corrompus et cruels, des pièces secrètes, des moines pervers et des innocents en danger. L’histoire d’amour s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans le genre gothique puisque les sentiments de Bernard et d’Edmée sont douloureux et totalement exacerbés. Et leur amour devra franchir bien des obstacles, bien des empêchements avant de pouvoir triompher.

George Sand ne se contente pas de respecter les codes du genre gothique et les fait dévier. Tout d’abord grâce à son héroïne, Edmée, qui est bien loin des personnages féminins des romans noirs du 19ème siècle. C’est une femme au fort tempérament, à l’éducation élevée et qui ne s’effraie pas facilement. Edmée décide de sa vie et ne la subit aucunement. Elle devait épouser M. de la Marche pour qui elle avait seulement de l’affection. L’arrivée de Bernard lui fait annuler son mariage. Son amour ne l’aveugle pas non plus puisqu’elle se refuse à Bernard tant qu’il ne sera pas éduqué. Edmée est un beau personnage féminin qui traduit le combat de George Sand pour le droit des femmes.

Ce qui nous éloigne du roman gothique, c’est également la partie éducation de Bernard Mauprat. Ayant fait preuve de bonté et de générosité, Bernard peut être sauvé de ses mauvaises habitudes. Edmée fervente adepte de Jean-Jacques Rousseau, croit en la force de l’éducation pour lisser le caractère de son parent. Je trouve cette partie du roman beaucoup moins réussie et je m’y suis ennuyée. Ces passages manquent de rythme et George Sand me semble bien meilleure dans l’action et le romanesque. Je dois avouer n’être pas très adepte de Rousseau mais George Sand ne l’est finalement pas non plus. Elle termine son roman en expliquant que l’homme ne nait ni bon ni mauvais, qu’il n’est pas toujours libre de choisir entre le bien et le mal et que parfois ses instincts ne sont pas maîtrisables.

Malgré un passage à vide durant l’éducation de Bernard Mauprat, j’ai plutôt apprécié le roman de George Sand pour son romanesque marqué et ses idées féministes et socialistes.

 

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11 réflexions sur “Mauprat de George Sand

  1. j’ai un gros faible pour Edmée, j’adore ce personnage, et l’idée de faire éduquer son homme avant de l’épouser, il fallait y penser 😉
    Merci pour ta participation au challenge !

  2. Pour les deux raisons que tu cites (gothique et dimension sociale), je suis incitée à lire ce livre : du moment que ce n’est pas un roman champêtre de Sand !!!
    Ps : j’ai les DEronda : hélas, je n’ai toujours pas fini Gaskell, non pas que je n’aime pas mais j’ai voulu lire la lettre écarlate qu’on m’a prêté avant…

  3. Je répète ce que j’ai dit chez Canthilde, j’ignorais que Sand avait écrit un livre pareil. Je l’ai lue adolescente, et ça ne m’avait pas spécialement marquée (j’avais aimé, mais c’est tout).

  4. Je viens de le lire et j’ai aimé comme toi. Le côté gothique m’a moins marquée, on a du mal à croire à ces « apparitions ». Par contre, à partir de la deuxième moitié, j’ai de plus en plus pensé à Dostoïevski, qui a sûrement lu Mauprat !

  5. @George : Tu m’avais dit que tu aimais beaucoup Edmée et sa modernité. C’est vrai que sa démarche est assez originale !!! George Sand était elle-même d’une incroyable modernité, elle est aussi féministe que socialiste, j’admire !

    @Maggie : Non ce roman n’est pas champêtre, il mélange plein d’influences. C’est dommage que tu ne lises pas « Daniel Deronda » avec nous, j’en ai lu 250 pages et c’est génial. Je ne veux pas t’influencer parce que tu as l’air très occupée par tes lectures communes ou livres offerts…comme moi d’ailleurs ! J’espère bien que tu vas aimer « Nord et sud », sinon je boude !!!

    @Lilly : J’avais également lu George Sand lorsque j’étais ado et je ne l’avais pas relu depuis. Elle était d’une modernité incroyable et le mélange avec le roman gothique est très plaisant.

    @Canthilde : Je vais aller lire ton billet sur le champ. C’est marrant de comparer nos avis, je n’ai pas du tout pensé à Dosto en lisant « Mauprat » !

    @Céline : Je suis contente de t’avoir donné envie et j’ai hâte de savoir ce que tu en penses. Tu participes au challenge ?

  6. Tiens, non seulement je ne l’ai pas lu mais je ne connaissais même pas son existence. Il va falloir que je remédie à cela. Merci pour le billet.

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