La maison du splendide isolement de Edna O'Brien

Irlande. Un homme s’est échappé des mains de la gendarmerie royale et de l’armée britannique. Pour eux, cet individu, McGreevy, est un dangereux terroriste, pour ses compagnons c’est un patriote héroïque. McGreevy trouve refuge dans une maison isolée où habite une femme âgée, Josie. Le roman d’Edna O’Brien confronte ces deux vies, ces deux solitudes. Josie est seule depuis de nombreuses années, elle ressasse son passé au fil des jours. Jeune femme, elle a tenté de fuir la misère de l’Irlande en travaillant aux Etats-Unis. Mais la vie outre-Atlantique est difficile pour les immigrants et Josie finit par rentrer au prix de son émancipation. Car une fois en Irlande, Josie n’a d’autre choix que de se marier. Et elle, qui rêvait d’autres choses, est forcément déçue par cette union. Son mari est un paysan, rustre et violent. Mais il meurt dans un accident en partie causé par Josie. Alors malgré son amertume due au mariage, elle est rongée par la culpabilité. Elle revient inlassablement depuis toutes  ces années sur ces évènements. Et voilà cet homme inconnu qui force son hospitalité. Ce McGreevy décrit comme dangereux par la radio, qui s’est évadé plusieurs fois, tournant en ridicule les forces de police. Cet homme taciturne se laisse découvrir petit à petit, enlève son armure pour laisser voir sa souffrance et son immense solitude. Edna O’Brien sait parfaitement rendre la psychologie, les états d’âme de ces personnages. Ce sont eux qui nous parlent, les voix intérieures de chacun s’entrecroisent, se succèdent sans transition. Nous entendons également celles des gendarmes et surtout un en particulier qui se questionne sur l’engagement de McGreevy.

« La maison du splendide isolement » est bien entendu un livre sur les combats en Irlande. Cette guerre larvée qui ne dit pas son nom et qui oppose les Irlandais entre eux. McGreevy et les gendarmes sont de la même nationalité et pourtant ils s’affrontent. Ils ont pourtant appris la même histoire à l’école : « Miss McCloud leur parlait de batailles et d’insurrections, d’immenses batailles et de moins grandes, de la forge du forgeron qui forgeait les piques et les fusils, de la fuite tragique des Comtes, la fine fleur de la noblesse d’Irlande, contraints de s’enrôler dans les armées d’Europe, puis des années noires, 47 et 48, la mort rampante, les femmes arrachant l’herbe pour nourrir leurs enfants, les hommes décimés se traînant jusqu’aux élevages de bestiaux dans l’espoir de rapporter à leur famille une pinte de sang de boeuf.  » Alors qui sont les vrais patriotes ? Les gendarmes qui souhaitent que leur pays connaisse un peu de paix ou McGreevy qui veut libérer son pays du joug anglais ? Le roman d’Edna O’Brien pose aussi la question du sang versé pour la cause. Josie se demande si les idéaux de justice, d’identité de McGreevy valent le sang versé. « La maison du splendide isolement » montre bien le clivage qui partage le peuple irlandais et la culpabilité qui accompagne le combat armé.

L’écriture d’Edna O’Brien est poétique et lyrique. Elle parle formidablement bien de la campagne irlandaise, chaque page sent la tourbe. La construction par enchevêtrement des récits est très réussie et permet au lecteur de rentrer progressivement dans les pensées de chaque personnage.Un beau roman sur les souffrances de l’Irlande.

 

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3 réflexions sur “La maison du splendide isolement de Edna O'Brien

  1. @Marie : Edna O’Brien est un très grand auteur irlandais, je voulais lire celui qui va de sortir mais j’ai été attirée par le sujet de celui-ci. En plus le style est vraiment intéressant.

    @Maggie : De rien ! Je suis contente si j’arrive à te faire découvrir de nouveaux auteurs, ça justifie ce blog.

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