La vie secrète de Walter Mitty de James Thurber

James Thurber (1894-1961) est peu connu en France, il était chroniqueur, illustrateur, humoriste et était l’un des piliers de la célèbre revue « The New Yorker ». Je dois la découverte de cet auteur à l’émission de France 5 « La grande librairie » qui a fait lire à l’inénarrable Jean Rochefort la nouvelle éponyme de ce recueil.  L’originalité et la drôlerie de celle-ci m’ont immédiatement séduite.

Le livre, publié par les éditions Laffont, est constitué de 22 nouvelles et de 6 fables. Le point commun de ses histoires est l’humour, l’absurde parfois et des situations très souvent loufoques. Les personnages de James Thurber sont très fréquemment confrontés à un quotidien qui les dépasse ou qui les ennuie. Certains décident alors de transcender leur vie. C’est le cas dans l’hilarante « Vie secrète de Walter Mitty ». Celui-ci fait des courses avec sa femme mais l’ordinaire de la situation ne lui suffit pas. Il devient alors successivement commandant d’un navire, chirurgien, accusé d’un meurtre et capitaine. L’imagination débordante de Walter Mitty le sauve de la monotonie du quotidien. C’est la même chose avec le héros de « L’amiral sur la bicyclette ». Il voit la réalité de manière très décalée suite à l’accident survenu à ses lunettes et il prend goût à sa nouvelle vision du monde qui l’entoure : « Celui dont la vue est parfaite est enfermé dans le monde de tous les jours, il est prisonnier de la réalité, il est aussi perdu dans l’Amérique de 1962 que Robinson sur son île déserte. Celui qui a un oeil de lynx ne voit pas la vie avec les contours estompés  qui me la rendent si attrayante. »

Un autre grand thème traité par les nouvelles de Thurber est la vie de couple et ses affres. Différentes sortes de couple s’offrent à nous. Nous avons à faire à un couple fusionnel dans « Le trottoir dans le ciel » puisque Dorothy Deshter finit systématiquement toutes les phrases de son mari ! Elle ira jusqu’à le corriger lorsqu’il raconte ses rêves… Un autre couple se met en péril dans « La séparation des Winship » car ils ne peuvent se mettre d’accord sur le talent d’actrice de Greta Garbo. En effet, le mari trouve que Donald Duck a beaucoup plus de talent que Greta… Le summum des problèmes de couple est atteint dans « Mr Preble se débarrasse de sa femme ». Le mari veut ici tout simplement enterrer son épouse dans leur cave afin de profiter de sa maîtresse. Mrs Preble est au courant et réagit de manière assez incongrue. Son mari lui ouvre la porte de la cave et elle répond : « – Brr ! dit Mrs Preble, en commençant à descendre les marches. Il fait rudement froid là-dedans. C’est bien de toi d’avoir une idée pareille à cette époque de l’année ! Un autre mari que toi aurait enterré sa femme en été. »

Je ne peux malheureusement pas détailler toutes les nouvelles de ce recueil mais j’aimerais encore en citer trois parmi mes préférées. « Le plus grand homme du monde » nous parle de la vanité, de l’orgueil et du ridicule de la célébrité et des honneurs. Le plus grand homme du monde est ici le type le plus insupportable qui soit ! « Imprudents voyageurs » tourne en ridicule les guides de voyage qui, si on les suit à la lettre, ne nous font pas passer de si bonnes vacances que cela. Enfin, ma nouvelle préférée est « Le mystère du meurtre de Macbeth » qui est une relecture de la pièce de Shakespeare à la manière d’un roman policier. « (…) D’abord, je ne crois pas une seconde que ce soit Macbeth qui a fait le coup. » Une nouvelle digne de Pierre Bayard !

Je vous recommande chaudement la lecture de ce recueil de nouvelles du malheureusement méconnu James Thurber. Après l’avoir lu, le quotidien vous apparaîtra sous un autre angle !

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4 réflexions sur “La vie secrète de Walter Mitty de James Thurber

  1. Ouh j’ai lu ça il y a trèèèès longtemps, et je devrais bien le relire (tiens mais je dis souvent ça chez toi, je radote!) Je suis très contente qu’il sorte à nouveau!

  2. En fait je ne l’ai pas vu récemment, mais mon âge me permet de l’avoir vu chez un autre éditeur il y a (euh..) très longtemps!Et à l’époque j’étais déjà fan de littérature anglo saxonne.

  3. @Keisha : C’est vrai que si on aime la littérature anglo-saxonne, on aime forcément les nouvelles de James Thurber. Je trouve qu’il a un humour très anglais, très pince-sans-rire.

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