The Commitments de Roddy Doyle & Alan Parker

« The Commitments » est le premier tome de la trilogie de Barrytown. Roddy Doyle a inventé ce quartier de Dublin et nous fait partager le quotidien de ses habitants. Dans ce premier volet, il est essentiellement question de musique. Jimmy Rabbitte est un fin connaisseur, il achète tous les magazines spécialisés, revient toujours de ses virées en ville avec un disque sous le bras. Il est du coup en avance sur ses copains, il écoute de la soul alors que les autres en sont encore à Frankie Goes to Hollywood ! Lorsque ses amis lui parlent de fonder un groupe, Jimmy est tout de suite partant. Le hic c’est qu’il ne sait jouer d’aucun instrument… Mais ce qui prime c’est l’envie et l’enthousiasme. D’ailleurs Jimmy ne fait pas jouer les musiciens qu’il auditionne, il se contente de leur demander leurs influences musicales ! Car il a une idée bien précise sur ce que devra être son groupe : les Commitments seront les premiers à jouer de la soul dublinoise ! Et pourquoi de la soul ? Parce que la soul est la musique du peuple, parce que la soul est la musique des noirs et que « les Irlandais sont les noirs de l’Europe, les Dublinois sont les noirs de l’Irlande et les Dublinois du Nord sont les noirs de Dublin ».

Nous partageons ensuite le quotidien de cette bande de bras cassés qui savent tout juste tenir leurs instruments. Ils progressent pourtant au fil des séances et des conseils du seul vrai musicien de la troupe : Joey Les Lèvres qui a joué pour les Beatles et James Brown. Peu importe pour lui que les Commitments jouent mal puisque la soul est une musique démocratique, populaire, que tout le monde peut s’approprier. C’est une musique révolutionnaire que les Commitments rendent au peuple dublinois. L’influence irlandaise est bien affirmée puisque les chansons sont adaptées à ce contexte. C’est notamment le cas de « Night train » de James Brown qui fait un véritable tabac dans sa version dublinoise !

Les situations sont toutes extrêmement cocasses et les répétitions sont très souvent épiques. Je me suis régalée à suivre les aventures de ce groupe fantasque. Le livre est très rythmé et l’humour prédomine dans les situations comme dans les dialogues. C’est le cas lors de leur premier concert où sont réunis leurs amis et leurs familles. Malgré le fort quotient sympathie du public, Mickah, le videur officiel du groupe, passe son temps à forcer les gens à applaudir et à crier « Une autre » ! Un autre grand moment d’anthologie (et ce livre en est bourré) est une discussion à propos de Dean, le saxophoniste du groupe. Joey Les Lèvres est très inquiet suite à un solo et Jimmy lui en demande la raison :

« – Il m’a avoué qu’il écoutait du jazz

– Et alors?

Le jazz est l’antithèse de la soul. »

Rien de pire pour Joey Les Lèvres que le jazz, cette musique froide, intellectuelle et élitiste. Il exècre Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Miles Davies !

« The Commitments » est une lecture extrêmement réjouissante. Les personnages sont très attachants et leur enthousiasme est réellement communicatif. Un livre qui donne une furieuse envie d’écouter James Brown, Otis Redding et Marvin Gaye en boucle !

Une fois lu le formidable premier tome de la trilogie de Roddy Doyle, précipitez-vous sur l’adaptation de Alan Parker. Le film est très fidèle au roman. L’ambiance de grand foutoir des répétitions et des fins de concert est parfaitement respectée. Les acteurs sont tous excellents et ils correspondent exactement à l’image que je m’étais faite des personnages. Je décerne une mention spéciale à deux acteurs : Robert Arkins qui interprète Jimmy Rabbitte avec un grand naturel et Andew Strong, l’insupportable Deco, qui a une voix absolument incroyable. Car bien sûr le gros avantage du film sur le livre c’est de pouvoir entendre les chansons. Le moment de bravoure du film est d’ailleurs l’interprétation par les Commitments de « Try a little tenderness ». Quelle interprétation extraordinaire ! Otis Redding aurait été enchanté par une telle prestation.

Alan Parker ne s’est néanmoins pas contenté de suivre le livre de Roddy Doyle. Tout d’abord, il a rajouté l’arrière-plan sociétal. On découvre les rues du Dublin ouvrier, pauvre avec ses marchés parallèles, ses agences pour l’emploi. Ensuite il a rajouté des scènes pour épaissir certains personnages. C’est le cas de Steven, le pianiste et étudiant en médecine. On le voit notamment se confesser d’avoir des pensées impies en regardant les choristes et de chanter sans cesse « When a man loves a woman » de Marvin Gaye. Le prêtre lui-même le corrige en lui disant que cette chanson est de Percy Sledge ! On retrouvera Steven à la fin auscultant la gorge d’un patient au rythme du « Fa fa fa  » de Otis Redding. Dans le livre, l’entourage de Jimmy est assez inexistant, dans le film il est doté d’un père fan d’Elvis Presley et chantant à la moindre occasion. Colm Meaney interprète le père de Jimmy, on le reverra dans les deux autres volets de la trilogie : « The snapper » et « The van » de Stephen Frears. Tous ces rajouts s’accordent parfaitement à l’ambiance et à l’histoire.

Mon seul bémol concerne la fin du film. Alan Parker a choisi un très classique « que sont-ils devenus? » pour clore son histoire. Cette séquence est tout à fait sympathique mais j’ai préféré la fin du roman qui est vraiment très drôle.

C’est donc une adaptation très réussie, j’ai passé de nouveau un excellent moment avec The Commitments, le seul et unique groupe de soul dublinoise !

Publicités

9 réflexions sur “The Commitments de Roddy Doyle & Alan Parker

  1. Superbe billet ! Bravo !
    J’ai adoré le livre comme le film ! Hilarant !J’ai dévoré tout Roddy Doyle – sauf ses livres pour enfants.

  2. Honte à moi, j’adore le film mais je ne savais pas du tout que c’était adapté d’un roman, et qu’en plus il a deux suites. Merci de me l’apprendre, je m’en vais le commander 🙂

  3. @Stephie : Ne te laisse pas influencer par la couverture (que j’aime bien parce qu’elle est tirée du film) et si tu as envie de rigoler, plonge-toi dans l’univers de Jimmy Rabbitte !

    @Maeve : Merci pour le compliment, cela me fait vraiment plaisir ! Contente de voir que toi aussi tu es accro à Roddy Doyle ! J’avais vu tous les films et depuis des années j’ai envie de lire les livres. Je ne sais pas pourquoi j’ai attendu aussi longtemps. J’ai adoré et je ne vais pas tarder à acheter les deux autres, ce qui me donnera l’occasion de revoir les films de Stephen Frears !

    @Chinchilla : Je suis contente de t’avoir fait découvrir les livres de Roddy Doyle. Comme toi, j’ai vu les trois films que j’ai adorés et j’ai mis trop longtemps à lire les livres ! Mais je vais me rattraper !

  4. @Hydromielle : C’est dommage que tu n’aies pas accroché, essaie le film qui est si drôle et si énergique. Peut-être qu’il te redonnera envie de lire le livre, ce sont les films qui m’ont donné envie de lire Roddy Doyle.

    @Patacaisse : Je suis contente que tu me dises ça, c’est quand même le but du blog que de faire découvrir nos lectures. Si tu te lances, j’espère que tu aimeras et que tu t’amuseras bien avec les Commitments.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s