La séance de John Harwood

Les éditions du Cherche-Midi rendent hommage aux romans gothiques victoriens avec « La séance » de John Harwood et j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette oeuvre.

Constance Langton vit à Londres et nous sommes en 1889 lorsque débute son récit. La vie de Constance n’est pas très rose : sa mère ne se remet pas de la mort de sa fille Alma une dizaine d’années auparavant et son père décide de quitter son foyer pour se consacrer à son travail. Constance tente d’aider sa mère à travers des séances de spiritisme où Alma reviendrait réconforter sa mère. Malheureusement ces apparitions venues de l’au-delà ne provoquent pas l’effet escompté et la mère de Constance se suicide afin de retrouver sa fille cadette. Notre héroïne va alors habiter chez son oncle et c’est chez lui que son destin prend un tournant inattendu. Elle y reçoit la visite d’un avocat, John Montague, qui lui annonce qu’elle hérite d’un manoir de famille dans le Suffolk : Wraxford Hall. Montague lui conseille de vendre la propriété mais c’est sans compter sur la curiosité de Constance. Elle découvrira rapidement que Wraxford Hall possède de sinistres secrets.

John Harwood recrée avec brio l’ambiance des romans gothiques de l’époque victorienne. Wraxford Hall est le lieu idéal pour les mystères, son aspect est des plus effrayant ainsi que nous le montre le témoignage de John Montague : « Je reportai mon attention sur l’habitation principale. Même à cette distance, les signes d’un abandon de longue date étaient évidents ; les fissures irrégulières dans la maçonnerie, une profusion de ronces et de rejets poussant par endroits contre le mur. Toutes les fenêtres étaient fermées par des volets, sauf une rangée au premier étage (…). Les volets au deuxième étage étaient beaucoup plus petits, avec, en surplomb, les greniers, chacun avec son propre pignon et tous à des niveaux différents. Une douzaine de cheminées en ruine se découpaient sur le ciel lumineux, dont jaillissaient des sortes de lances braquées vers les cieux. Ces paratonnerres auguraient bien des étranges obsessions de la famille Wraxford. » Et en effet, il se passe de bien étranges évènements dans cette famille. Wraxford Hall est le cadre de disparitions mystérieuses de membres de la famille Wraxford, d’apparitions fantômatiques de moines, d’alchimie et de meurtres. John Harwood utilise tous les éléments classiques du roman gothique et réussit à nous plonger dans cette ambiance inquiétante.

La forme du roman fait également référence au roman gothique ou à mystères. L’histoire s’offre à nous sous forme de différents témoignages nous donnant des points de vue variés sur l’histoire des Wraxford. Ce procédé était déjà utilisé par Mathurin pour son cultissime « Melmoth » mais aussi par Wilkie Collins dans « Pierre de lune ». Cette technique a deux avantages : distiller les révélations petit à petit au fil des témoignages et du coup lancer le lecteur sur de fausses pistes. L’atmosphère de mystère est alors conservée jusqu’au bout pour le plus grand plaisir du lecteur.

« La séance » est un hommage réussi au roman gothique et un excellent page-turner. Merci aux éditions du Cherche-Midi et à Solène de me l’avoir fait découvrir (sortie le 3 juin).

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18 réflexions sur “La séance de John Harwood

  1. @Manu : Oui surligne, surligne !!! C’est une lecture très agréable !

    @Kathel : Je te confirme ton impression : très intéressant ce retour à l’époque victorienne et au roman gothique !

    @Maggie et Lilly : Avec Lou, nous avons un (léger…) penchant aux livres gothiques victoriens !!! Je ne peux que vous conseiller cette lecture si vous avez la même pathologie que nous !!!

  2. C’est un texte que j’ai mis longtemps à ouvrir (il faut dire qu’on en a beaucoup au bureau) et une fois ouvert, je n’ai pas pu le lâcher. Je suis ravie que vous ayez passé un bon moment. Merci pour le billet.

  3. @Stephie : Je te le confirme : il est trop, trop bien ce roman !!!

    @Solène : Merci de me l’avoir fait découvrir, c’est une lecture vraiment très agréable et qui replonge vraiment dans l’atmosphère des romans victoriens. Je le conseille chaleureusement !

  4. Je l’avais également repéré chez Lou (repère des 19ème-phile on dirait!), j’aime les « bons » (à mes yeux bien sur, c’est subjectif) romans historiques écrits par des plumes contemporaines, par exemple Michel Faber, Sarah Waters, et j’espère que ce roman sera dans la lignée!
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  5. @Amélie : Je pense que tu ne serais pas déçue par la lecture de ce roman étant donné tes goûts. J’avoue que je ne me suis toujours pas attelée à la lecture de Michel Faber mais j’ai un Sarah Waters dans ma PAL. Mais je pense que je devrais apprécier le travail de ces deux auteurs.

  6. Je viens de le finir (lu en partenariat) et j’ai passé un bon moment de lecture. La construction était habile, on sent clairement les influences des romanciers anglais gothiques et la veine victorienne, l’ambiance est bien implantée.
    Voici ma chronique, si jamais ça vous intéresse :
    http://aventuresheteroclites.wordpress.com/2010/06/27/john-harwood-la-seance/
    Je vais suivre J. Harwood, sachant qu’il est australien j’adorerais qu’il écrive un roman qui se passe là-bas…!
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    Amélie

  7. @Amélie : Je vais aller lire ta chronique sans plus tardé mais je vois que nous partageons le même avis sur ce livre. J’ai également passé un très agréable moment grâce à John Harwood et son inspiration victorienne !

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