Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia

L’action débute en 1959, à Paris. Michel Marini a douze ans. L’école l’ennuie, il préfère lire, écouter du rock’n’roll et jouer au baby-foot. Au « Balto », bistrot à Denfert-Rochereau où il a l’habitude de se mesurer aux meilleurs joueurs de baby, il remarque derrière un rideau une porte par laquelle passent des hommes d’âge mûr. Intrigué, il finit un jour par pousser la porte où est inscrit « Club des Incorrigibles Optimistes »,  et découvre une assemblée d’hommes occupés à jouer aux échecs ou à bavarder. « C’étaient quasiment tous des gens des pays de l’Est. Des Hongrois, des Polonais, des Roumains, des Allemands de l’Est, des Yougoslaves, des Tchécoslovaques, des Russes, pardon, des Soviétiques reprenaient certains. Il y avait aussi un Chinois et un Grec. » Communistes de la première heure ou opposants, ils ont fui un système devenu inhumain. Ils ont laissé au pays famille et amis. Ils étaient médecins, hauts fonctionnaires, ingénieurs, en France ils ne sont plus rien. Ils se retrouvent alors dans cette arrière-salle pour chasser la solitude et oublier un instant la dureté de leur vie de parias. Michel fait peu à peu leur connaissance et devient leur ami.

De 1959 à 1965, il fréquente le club et découvre l’histoire personnelle de ses membres, et leurs blessures. Celles-ci répondent parfois aux évènements qui surviennent dans la vie de Michel. Car il s’agit aussi d’une chronique personnelle et familiale dont les épisodes alternent avec les tranches de vie des réfugiés. Son père, descendant d’immigré italien, a épousé la fille de son patron lorsqu’il était apprenti plombier. Ils ont ensuite hérité de l’entreprise familiale. Les tensions sont vives dans ce couple socialement mal assorti. Le grand frère de Michel, Frank, communiste et anticolonialiste convaincu, s’engage contre toute attente pour la guerre d’Algérie et abandonne sa petite amie, Cécile, avec laquelle Michel noue alors une grande complicité.

Voilà pour le décor. En 750 pages passionnantes et d’une grande clarté, Jean-Michel Guenassia fait le récit authentique d’une trajectoire adolescente. C’est certainement ce qui a séduit le jury du prix Goncourt des lycéens qui a couronné ce roman. Les préoccupations des adolescents ne changent pas tellement d’une époque à l’autre, et ceux du jury se sont à coup sûr reconnus dans le personnage de Michel Marini. Le livre intéressera donc aussi un public adulte qui y retrouvera peut-être les bonheurs et les affres de cette période difficile mais passionnante de notre vie. Et puis les thèmes abordés : les joies et déceptions de l’amour et de l’amitié, la brûlure de la trahison, sont universels et de tout temps. Certains, comme la douleur de l’exil et du déracinement, entrent même en résonance avec notre époque, même si le contexte est, certes, fort différent. Quoiqu’il en soit, par ce choix les lycéens ont montré qu’ils avaient énormément de goût et savaient reconnaître une œuvre de qualité. Qui a dit que les jeunes ne lisaient plus ?

Pour conclure, je ne saurais trop vous recommander la lecture de l’excellent billet d’Arnivi, pour achever de vous convaincre.

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13 réflexions sur “Le Club des Incorrigibles Optimistes de Jean-Michel Guenassia

  1. Toujours pas envie, tu n’es pas en cause, mais 750 pages sur cette période, avec contexte politique et social à la clé, ça ne me tente vraiment pas…

  2. @Ys : le contexte ne me passionnait pas non plus (les années 50-60, la guerre d’Algérie, le stalinisme,…) mais il est juste une trame de fond. Le véritable intéret du livre est la vie du narrateur et les thèmes abordés. Ceci dit je comprends que ça n’intéresse pas a priori.

    @La plume et la page : c’est un livre très touchant, riche et authentique, au style très fluide.

    @Stephie : je te rejoins, cette lecture m’a vraiment plu aussi.

  3. Toujours pas envie… J’ai un a priori négatif, je crois qu’il a trop été encensé. Cela dit, je le lirai peut-être quand on l’aura un peu mis de côté.

  4. Je veux juste dire que c’est le meilleur livre que j’ai lu depuis très longtemps. Ce n’est pas un livre « politique » mais qui parle de l’engagement et d’une façon qui n’est jamais ennuyeuse, au contraire, il y a de nombreuses histoires qui s’entrecroisent, de façon drôle, grave, tendre, bouleversante, et toujours captivante. Ce serait vraiment dommage de passer à côté d’un livre aussi exceptionnel, surtout sous prétexte qu’on en dit du bien. C’est vrai que c’est rare un roman qui fait une telle unanimité, comme le cercle des amateurs d’épluchures…
    On ne peut pas ne pas aimer. C’est de la superbe et de la grande
    littérature.

  5. @Lilly : c’est vrai qu’il a été encensé, mais à juste titre, ce qui n’est pas le cas de tous les livres mis médiatiquement en avant. De toute façon, il ne sera jamais trop tard pour le lire, comme tous les grands livres.

    @Armelle : tout est dit, rien à ajouter, si ce n’est qu’on peut ne pas aimer ce livre, je pense, tous les goûts étant dans la nature. « De la superbe et grande littérature » : entièrement d’accord.

  6. Je n’avais pas été très emballée sur le moment (roman trop long, pas écrit, etc.), mais il ne m’en reste déjà absolument plus rien !

  7. Décidément les avis divergent à propos de ce livre, aussi bien de la part de ceux qui ne l’ont pas encore lu que de ses lecteurs. C’est intéressant je trouve. Au-delà de l’histoire et des thèmes abordés, ce que je retiendrai aussi de ce livre est la déclaration d’amour à la littérature qui m’a donné envie de lire entre autres « Portrait de femme » d’Henry James, et je ne le regrette pas. J’aime quand les livres parlent d’autres livres.

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