Loving Franck de Nancy Horan

« Loving Franck » est le premier roman de Nancy Horan et il a obtenu (et mérité) le prix Fenimore Cooper de la meilleure fiction historique. L’auteur nous raconte la rencontre passionnée de Mamah Borthwick Cheney (1869-1914) et du célèbre architecte Franck Lloyd Wright (1867-1959).

Mamah connut une enfance choyée, elle fit des études à l’université ce qui lui permit de devenir professeur puis bibliothécaire. Elle devint militante des droits des femmes, notamment pour le droit de vote, et participa à de nombreuses réunions féministes. Malgré sa volonté d’indépendance, Mamah finit par céder aux avances de Edwin Cheney. Elle l’épousa et eut avec lui deux enfants : John  et Martha. En 1903, Edwin demanda à Franck Lloyd Wright de leur construire une maison, laissant le soin à Mamah de régler les détails avec l’architecte. Cette rencontre fut un coup de foudre pour tous les deux. « Pourtant, pendant les travaux, partis d’un simple détail architectural, leurs échanges s’étaient maintes fois transformés en longues discussions. Aujourd’hui, Mamah gardait un souvenir enchanteur de ces six mois de collaboration. Franck Lloyd Wright avait stimulé son esprit comme personne. » L’architecte est lui-même marié et a sept enfants avec sa femme Catherine. Mais l’amour est plus fort que tout et en 1909 Mamah et Franck quittèrent leurs familles, ils s’exilèrent en Europe en espérant ainsi faire taire les commérages. Mais la lutte pour leur vie commune n’en était qu’à ses prémices.

L’histoire racontée dans « Loving Franck » est celle de deux fortes personnalités, de deux précurseurs. Franck Lloyd Wright voulait inventer une architecture typiquement américaine. Il allait à l’encontre du classicisme ambiant. Son architecture était organique, ses maisons devaient être en accord avec la nature et avec le mode de vie de ses habitants. Tout dans la maison contribuait à l’effet voulu par l’architecte, le décor ne devait pas défigurer l’ensemble. Lorsque Mamah et lui décidèrent de vivre ensemble, Franck construisit, dans la vallée de ses ancêtres dans le Wisconsin, une maison représentant la quintessence de son art, appelée Taliesin.  « Elle l’avait souvent entendu dire que la réalité d’un bâtiment réside dans sa dimension intérieure. Votre façon de vivre et votre devenir. Ici, à Taliesin, il n’avait pas envie d’encombrer l’espace d’objets qui n’élèveraient pas leurs âmes. Mamah non plus. » Et ce quitte à se ruiner, Franck place son besoin de beauté au-dessus de toutes considérations matérielles. Sa liaison avec Mamah (car Catherine refusait obstinément de divorcer) lui causa certes des torts dans l’obtention de contrats mais les problèmes financiers du couple provenaient surtout des dépenses faramineuse de Franck. La légèreté de celui-ci et ses mensonges à propos de l’argent compliquèrent grandement la vie du couple. Il faut également souligner l’incroyable opiniâtreté de Franck Lloyd Wright. Par deux fois, Taliesin fut détruite par le feu, à chaque fois l’architecte reconstruisit sa maison.

Face à ce génie, le destin de Mamah Bothwick Cheney est également remarquable. Fervente défenseure du droit des femmes, Mamah était en avance sur son temps. Etre une femme au foyer, avoir des enfants ne lui suffisaient pas. « Car d’aussi loin qu’il lui en souvint, Mamah avait toujours ressenti un manque sans pourtant arriver à le préciser. Elle avait meublé ce vide avec toute sortes de choses – livres, réunions de l’association, militantisme pour le droit de vote, cours – mais rien ne l’avait comblée. » Ce manque c’est l’accomplissement de soi, la réalisation de quelque chose de personnel. Mamah fit preuve d’un courage exemplaire en quittant son mari, en abandonnant ses enfants qu’elle adorait. Elle refusait d’être hypocrite avec sa famille mais l’amour de Franck ne suffisait pas à combler le manque. Elle cherche sa voix à travers celles de Charlotte Perkins Gillman (dont j’ai parlé ici à travers son roman « La sequestrée ») et surtout de la philosophe suédoise Ellen Key. Elle décida de traduire l’oeuvre de cette dernière afin que ses idées se diffusent aux Etats-Unis et que les femmes conquièrent leur indépendance. Le livre de Nancy Horan rend un vibrant hommage à cette femme qui affronta la diffamation, l’humiliation publique pour affirmer ses convictions. La vie de Mamah Borthwick se termina par un terrible drame au moment où sa vie semblait enfin apaisée, l’empathie du lecteur n’en est que renforcée.

Le livre dense, précis de Nancy Horan nous rappelle que le combat des femmes pour l’indépendance fut long et douloureux. Nous devons aujourd’hui nous remémorer le courage de certaines d’entre elles qui, par leurs choix de vies, firent avancer les choses. Mamah Borthwick était l’une d’entre elles, son incroyable destin méritait bien un livre et celui-ci est particulièrement réussi.

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12 réflexions sur “Loving Franck de Nancy Horan

  1. @Choupynette : Mamah Cheney est devenue, par la force des choses, une féministe convaincue. Son histoire est vraiment exemplaire et tragique malheureusement. C’est vraiment un beau roman.

    @Loulou : Oui je te le conseille chaleureusement, j’ai adoré le personnage de Mamah qui est tellement romanesque.

  2. @Manu : Je suis comme toi, j’achète des nouveautés et au bout d’un moment je panique en pensant qu’il va sortir en poche ! Celui-ci se lit vraiment tout seul, je pense qu’une fois commencé tu ne pourras plus le lâcher !

    @Stephie : Oui ça restera un beau souvenir, je ne risque pas d’oublier Mamah Cheney.

  3. @Pickwick : On ne peut pas tout connaître ! Franchement c’est une histoire incroyable et l’écriture est très fluide. Je l’ai conseillé autour de moi et je n’ai eu que des retours positifs.

  4. @Ys : Mais ce qu’il y a de bien dans « Loving Franck » c’est que ça ne parle pas que de ça. Il y est aussi question du travail de Franck Lloyd Wright et l’amour passionné de Franck et de Mamah. Celle-ci doit s’émanciper à cause de son amour et du coup elle s’intéresse aux luttes féministes.

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