Le secret de lady Audley de Mary Elizabeth Braddon

J’ai découvert Mary Elizabeth Braddon avec « Sur les traces du serpent » réédité par Phébus et grâce au challenge de Lou j’ai lu son roman le plus connu « Le secret de Lady Audley ».

Sir Michael Audley est veuf et est propriétaire d’un grand domaine dans le comté d’Essex. Ayant été séduit par la nouvelle institutrice, Sir Michael décide d’organiser une soirée afin de faire plus ample plus connaissance avec cette jeune personne. « Cette délicieuse soirée décida du sort de Sir Michael. Il fut fasciné par ces yeux bleus si doux et si touchants, la gracieuse élégance de ce cou svelte et de cette tête inclinée ornée de splendides boucles de cheveux aux reflets dorés et par la charmante voix qui résonnait comme une suave mélodie.  Tout son être dégageait une telle harmonie que chacun de ses attraits semblait avoir été formé l’un en fonction de l’autre. Tous ces charmes subjuguèrent tant le baron qu’il lui fut aussi impossible d’y résister que de se soustraire à sa destinée !  » Sir Michael épouse la très séduisante Lucy Graham et son bonheur semble complet jusqu’à l’arrivée de son neveu Robert Audley et de son ami George Talboys. Lady Audley agit alors de manière très étrange et George Talboys disparaît mystérieusement. Robert Audley n’aura de cesse de faire la lumière sur la disparition de son ami.

Je n’en dirai pas plus car il ne faut bien entendu pas trop déflorer l’intrigue conçue par Mary Elizabeth Braddon même si son roman n’est pas un whodunit classique. En effet, au bout d’environ 150 pages, le lecteur sait ce qui est arrivé à George Talboys mais surtout qui est à l’origine de sa disparition. Le suspense n’est donc pas dans la recherche du coupable, il est ailleurs. C’est l’enquête de Robert Audley qui va tenir le lecteur en haleine tout au long du roman. On a beau savoir très vite le nom du coupable, on ne connaît pas les raisons qui l’ont fait agir. Robert Audley va de plus affronter un être d’une grande perversité, d’une grande intelligence, prêt à tout pour que ses crimes restent impunis. Le lecteur est inquiet pour ce héros éminemment sympathique et désinvolte qu’est Robert Audley.

« Le secret de Lady Audley » a été publié en feuilleton en 1862 et la volonté de l’auteur de donner envie aux lecteurs de se précipiter sur le prochain épisode est visible. Cela se sent très fortement en fin de chapitre. Mary Elizabeth Braddon les termine par des révélations inattendues comme la mort de la femme de George Talboys qui revenait d’Australie pour la retrouver ; par des annonces de voyages qui permettront à Robert de découvrir de nouvelles pièces du puzzle ; par l’interpellation du lecteur : « Et pouvait-il maintenant sortir de l’enquête dans laquelle il se trouvait impliqué ? Pouvait-il s’arrêter ? Non, mille fois non. » Mais parfois Mary Elizabeth Braddon cherche trop à créer du suspense en lançant des pistes qui n’aboutiront jamais (je ne sais si c’est volontaire ou non). C’est le cas par exemple d’une lettre écrite à Robert Audley par sa cousine Alicia. L’auteur nous dit : »Si quelqu’un avait dit à ce moment au jeune avocat que la courte lettre de sa cousine devait être un jour l’un des maillons du terrible enchaînement de preuves nécessaires pour élucider le seul cas criminel  dont il aurait à s’occuper, Mr Robert Audley aurait peut-être haussé les sourcils de surprise. » En réalité, c’est le lecteur et non Robert qui hausse les sourcils car Mary Elizabeth Braddon ne nous reparle jamais de cette lettre !

Ce dernier détail ne m’a pas empêché d’apprécier ce roman plein de rebondissements. J’y ai retrouvé une atmosphère très victorienne que j’apprécie tout particulièrement. Et j’ai trouvé très originale la forme de suspense créée par Mary Elizabeth Braddon : le lecteur sait dès le départ le nom du coupable et pourtant il ne peut lâcher ce livre de 470 pages !

 

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20 réflexions sur “Le secret de lady Audley de Mary Elizabeth Braddon

  1. Tout à fait d’accord! pas trop de mystère réel, mais ça fonctionne, on ne lâche pas!
    J’avais aussi remarqué l’histoire de la lettre, sans doute un des inconvénients d’écrire en feuilletons, une fois imprimé, on ne peut changer le début…
    je pense en lire un autre un jour, trop marrant, ces romans victoriens à mystères…

  2. Ah mon dieu ! Encore un auteur et un roman que je veux découvrir à tout prix… Cette intrigue a l’air fabuleuse ! D’ailleurs, je vais aller voir ta seconde chronique sur cet auteur…
    PS : j’ai changé 2 ou 3 fois mon logo depuis hier… elle est moins « classe » que la musique de Klimt… Tant pis !

  3. Je n’ai plus qu’à lire celui-là maintenant que j’ai dévoré « Henry Dunbar » (enfin « dévoré », j’ai fait ce que j’ai pu :))

  4. @Keisha : Elle a l’art de nous tenir en haleine avec peu de suspense, elle est forte ! J’adore ce genre de livre, Mary Elizabeth Braddon c’est un peu Wilkie Collins au féminin ! Et ça se lit tout seul, un vrai plaisir!

    @Maggie : Je suis navrée de te donner envie de lire cet auteur victorien !! Tu vas être super calée sur la période victorienne!! je pense que ça va te plaire parce que tu retrouves l’ambiance des Wilkie Collins. Et pour ton logo, tu peux garder le Klimt, vraiment cela ne nous pose aucun problème et d’autant moins que nous apprécions beaucoup ton blog.

    @Kikine : Si tu aimes les livres à suspense, les ambiances victoriennes, précipite-toi !

    @Lou : Je crois que celui-ci est le plus connu, il me reste « Lady Lisle » à lire. Je l’avais acheté chez Lamousmé. Mais « Henry Dunbar » a l’air également très réussi.

    @Choupynette : Comme toi, j’ai découvert Braddon avec la réédition de « Sur les traces du serpent ». J’aime beaucoup son univers. Tu es la 2ème personne à me parler de « Henry Dunbar », il faut que je me le procure !

    @Alice : Délicieux, c’est le mot exact pour définir cette lecture ! J’aime vraiment beaucoup cette auteure.

    @Mango : Si tu as aimé celui-ci, tu peux te lancer dans d’autres lectures, on retrouve à chaque fois cette ambiance de suspense victorien qui m’enchante.

    @Maribel : Laisse-toi tenter, je pense que tu ne seras pas déçue. C’est un vrai plaisir de lecture, ambiance victorienne est exquise.

  5. Je pense aussi le lire un jour, j’ai aussi découvert cet auteur grâce à Lou et celui que j’ai lu m’a plu… en plus je suis le public tout désigné pour le roman feuilleton, j’adore!!

  6. @ Loula : Lequel as-tu lu de Mary Elizabeth Braddon ? Je suis comme toi le public rêvé pour ce type de livre, j’adore les romans feuilletons et j’adore l’Angleterre victorienne !

  7. sans doute une de mes prochaines lectures, en fait je l’ai dans ma bibliothèque depuis longtemps et je ne me souviens plus si je l’ai lu ou pas… donc il faut que je le lise ou le relise !!!

  8. @ Manu : Je vais surveiller ton billet, j’espère que tu vas aimer. Mais comme tu aimes Wilkie Collins, je pense que cela devrait bien se passer !!

    @George : Pas d’hésitation, tu peux le relire, c’est une lecture tellement agréable !

  9. Je viens de le finir, quelle lecture ! Je crois que jusqu’ici aucun Wilkie Collins ne m’a autant emportée (je ne peux pas m’empêcher de faire la comparaison, d’autant plus que j’attendais un peu moins de Braddon), j’ai finalement renoncé à faire quoi que ce soit ce week-end pour le finir et moi qui pensais aller à la piscine ce matin, j’ai décalé la séance à cet après-midi car je tenais absolument à connaître la fin (d’ailleurs je me suis réveillée tôt en me disant que je lirais quelques pages avant de me rendormir et résultat, je ne me suis jamais rendormie). Pour la lettre je ne sais pas si c’est volontaire ou non, car on peut aussi se dire que la lettre joue un rôle non en tant que pièce à conviction mais comme un élément qui permet à Robert de découvrir la vérité. Et autant on nous laisse entendre d’emblée que lady Audley est une criminelle, autant personnellement je ne m’attendais pas du tout au dernier rebondissement (d’ailleurs quand j’ai vu qu’il restait 70 pages après les aveux de lady Audley je me suis demandée ce que Braddon allait bien pouvoir inventer – ça en fait des chapitres pour sortir un mort d’un puits et lui faire une sépulture, ce qui d’habitude chez les Victoriens est balayé en deux paragraphes).

  10. @Lou : Je vois que tu as été totalement captivée !!! Ah vilaine tu t’en prends à Wilkie !!! 😉 Je crois que j’ai une petite préférence pour Wilkie malgré tout mais j’adore Braddon, c’est toujours un grand bonheur de la retrouver. Je dois avouer avoir préféré la lecture de « Sous le signe du serpent » mais celui-ci est très malin également. Sachant Lady Audley coupable très rapidement, on se demande bien comment elle va nous captiver jusqu’au bout mais elle y arrive très bien ! Pour la lettre, peut-être aussi qu’elle a créé des fausses pistes pour perdre le lecteur et le mettre sur de mauvaises voix, de toute façon c’est un petit détail qui ne m’a pas empêché d’adorer. Il me reste encore deux Braddon dans ma PAL, il faut que j’en lise au moins un autre pour ton challenge.

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