Shutter Island de Martin Scorsese

Le dernier film de Martin Scorsese partait déjà sous de bons auspices puisqu’il est adapté du diabolique « Shutter Island » de Denis Lehane dont Hollywood raffole. Le thriller américain à l’écriture très cinématographique donnait une solide base scénaristique au réalisateur.

Les marshalls Teddy Daniels (Leonardo DiCaprio) et Chuck Aule (Marc Ruffalo) arrivent en bateau sur Shutter Island. Sur cette île se trouve un hôpital psychiatrique pour les malades les plus dangereux. Daniels et Aule viennent enquêter sur la disparition d’une des malades, Rachel Solando, qui s’est mystérieusement volatilisée. Les deux marshalls ne sont pas au bout de leurs surprises et l’atmosphère régnant sur l’île devient de plus en plus anxiogène.

Martin Scorcese a su parfaitement exploiter ce qui faisait la force du roman de Denis Lehane : la montée en puissance de l’angoisse. Pour ce faire, il utilise les codes des films gothiques. Le lieu est déjà par lui-même inquiétant : un hôpital psychiatrique, de surcroît sur un site isolé. A l’intérieur de l’hôpital, le bâtiment C attise l’intérêt du marshall Daniels, il est réservé aux grands malades et se trouve être un ancien fort. Ses hautes tours s’élèvent comme une menace et évoquent un château hanté. De plus une terrible tempête éclate. Les éclairs et le vent accentuent l’atmosphère sinistre. Cela permet également à Scorsese d’éclairer son film de manière expressionniste comme dans la scène où Daniels s’infiltre dans le fameux bâtiment C. Les lieux sont plongés dans l’ombre d’où jaillit le visage blafard du marshall. Dans cette scène l’escalier joue un rôle prépondérant et m’a évoqué celui de « La maison du diable » de Robert Wise. Les clins d’oeil au cinéma chez Scorsese sont toujours très multiples et je suis très loin de les avoir tous repérés ! Un dernier élément m’a paru important, la musique. Dans la scène d’ouverture, elle se fait de plus en plus forte et inquiétante à mesure que les marshalls approchent de l’île, nous signalant clairement que le lieu sera terrifiant. Mais la musique sait également se taire pour souligner la solitude et la peur de Teddy Daniels.

Ce personnage est le coeur du film et il se révèle rapidement ambigu. Avant de connaître son appartenance à la police, on le découvre totalement décomposé par le mal de mer et incapable de se dominer. Il est par la suite constamment terrassé par des maux de tête qui l’empêchent de mener son enquête. Face au calme olympien du Dr Cawley (Ben Kingsley), le marshall Teddy Daniels semble assailli par le doute et la peur. Ses rêves sont par ailleurs assez inquiétants. Dans le premier, Teddy est avec sa femme et à la manière des rêves  de « Twin Peaks », elle révèle des indices à son mari. Ce qui est effrayant, c’est que Dolores Daniels (Michelle Williams) est morte dans un incendie et on la voit se consumer dans les bras de Teddy. Une pluie de cendres, très esthétique, s’abat sur eux. Ce personnage, rongé par le doute, est joué par l’extraordinaire Leonardo DiCaprio. C’est sa quatrième collaboration avec Scorsese et c’est sans doute ici que son talent s’exprime le mieux. Ses traits poupins sont peu à peu déformés par la paranoïa et se creusent de terreur. Le marshall Daniels est un personnage complexe et torturé. Et pour cause, il a fait partie des soldats qui ont libéré Dachau et il reste hanté par les images des camps de concentration. La question qui se pose pendant tout le film c’est : qui est réellement Teddy Daniels ?

« Shutter Island » est un bon Scorsese. J’y ai retrouvé l’atmosphère sinistre et pesante qui m’avait séduite chez Denis Lehane. Les nombreux rebondissements m’ont tenu en haleine jusqu’à la fin et je n’ai pas vu passer les 2h17 !

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10 réflexions sur “Shutter Island de Martin Scorsese

  1. Pour une fois, j’ai un avis tout à fait différent ! L’intrigue est bien ficelé et Scorsese fait un travail de cinéphile mais les rêves m’ont paru kitsh et la musique inutilement forte ! Bref, au final, je ne regrette pas d’avoir vu ce film mais je n’ai pas tout aimé… notamment le jeu des acteurs…

  2. Je n’irai pas voir le film après avoir lu le roman: je me souviens avoir été déçu par le film tiré de mystic river, malgré la remarquable qualité de l’adaptation.
    Tu écris que la force du roman, c’est la montée en puissance de l’angoisse. C’est mille fois vrai, et ce sont aussi des histoires construites sur un astucieux retournement de situation: j’ai été cueilli la première fois, mais je sais que cela ne prendra plus (malheureusement) la deuxième fois.

  3. J’ai vraiment adoré le roman. Je me suis laissée prendre par l’histoire et par la fin que je n’ai pas vu venir.
    En revanche, j’ai un peu moins apprécié le film.
    Il est bon certes, mais je ne sais pas, il y a quelque chose que je n’y ai pas trouvé. Ou alors des choses en trop.. je ne saurais pas vraiment dire.

  4. @Maggie : Pour le coup, on est vraiment pas d’accord ! Les rêves sont vraiment très Lynchiens et ils peuvent sembler un peu kitsch je le reconnais. En revanche, je trouve que Leo est formidable dans ce rôle, l’ambiguïté du personnage transparaît vraiment.

    @Arnivi : C’est vrai que la puissance du retournement final perd de sa force lorsque l’on connaît l’histoire. Néanmoins j’avais envie de voir comment Scorsese allait rendre l’atmosphère de Denis Lehane. Je trouve qu’il s’en sort vraiment bien. Mais c’est toujours le problème des adaptations, lorsque les livres sont forts on est souvent déçu !

    @Hydromielle : Moi aussi j’ai adoré le livre et je ne m’attendais pas du tout au retournement final. Je crois qu’il ne faut jamais s’attendre à avoir les mêmes sensations au cinéma que dans le livre. C’est vraiment un exercice difficile l’adaptation, il y aura toujours des lecteurs déçus ! Je trouve quand même que l’atmosphère paranoïaque est bien rendu et que Leonardo DiCaprio est convaincant, c’est déjà pas mal !

  5. @Bénédicte :Il faut de toute façon commencer par le livre qui est excellent, Denis Lehane est un expert en sueurs froides ! Après peut-être que tu auras envie de voir l’adaptation où l’on retrouve l’ambiance étouffante du roman.

  6. Je suis allé le voir la semaine dernière et j’ai beaucoup aimé, la seconde moitié du film est haletante, impossible de détacher les yeux de l’écran, nous sommes totalement enfermés dans une atmosphère morbide mais envoûtante, une véritable réussite en effet 😀 Quant à la fin du film, c’est une série de surprises en chaine, tout s’explique et s’entremêle de manière effrayante!

    P.S: puis-je ajouter ton blog parmi mes favoris? Car j’aime beaucoup le style et je pense y passer de bons moments de lecture 🙂

    Bon week-end, Morrison.

  7. @Morrison : Effectivement l’ambiance est une réussite, on deviendrait presque claustrophobe ! Est-ce que tu as lu le roman de Lehane ? Tu verras la fin est légèrement différente, je ne t’en dis pas plus ! Bien-sûr tu peux rajouter notre (oui nous sommes deux bloggeurs amoureux de littérature) sur ton site et c’est avec plaisir que je vais aller découvrir le tien. Bon week-end à toi aussi.

  8. Non je n’ai pas encore lu le roman, mais ça ne saurait tarder 😀 car après une telle réussite cinématographique, je ne peux que me laiser tenter par le roman de Lehane. Je pense l’emprunter très bientôt.
    Oh que c’est original, deux bloggeurs pour un seul blog, cette idée est très chouette 😀 je sens que je vais me plaire ici ^^
    Bon weekend à vous deux 🙂

  9. @Morrison : N’hésite pas à acheter le roman, ça va te plaire !
    C’est toujours un plaisir d’avoir un nouveau lecteur, bienvenu chez nous et j’espère que tu continueras à t’y plaire !

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