Emma de Jane Austen

Emma Woodhouse est une jeune femme de 21 ans, orpheline de mère et vivant avec son père dans le village de Highbury. Leur domaine de Hartfield est le lieu le plus élevé socialement. Emma est gâtée par la vie et n’a connu que peu de contrariété puisque sa mère est morte lorsqu’elle était bébé. Elle est très entourée par sa famille et ses amis et ses journées sont remplies de mondanités et de bavardages. Son occupation favorite est de jouer les entremetteuses pour ses proches. C’est dans ce but qu’elle prend sous son aile Harriet Smith dont les origines  sont inconnues mais qu’Emma s’entête à penser nobles. « Emma allait la prendre en main, l’améliorerait, la détacherait de ses relations pernicieuses et l’introduirait dans la bonne société. Elle la guiderait dans ses goûts et dans ses façons. C’était là une entreprise prometteuse et certainement charitable, parfaitement adaptée à la situation d’Emma, à ses disponibilités et à ses capacités. » Emma oblige Harriet à refuser la demande en mariage de Robert Martin, un fermier prospère et fort épris. Malgré les avertissements de Mr Knighley, grand ami des Woodhouse, Emma n’en fait qu’à sa tête et veut marier Harriet au vicaire Mr Elton. Mais Emma est une bien jeune femme qui ne connaît que peu de choses au sentiment amoureux. Elle apprendra à ses dépens que son jugement en la matière est des plus déplorable. 

« Emma » est le cinquième roman écrit par Jane Austen  et ce près de vingt ans après « Orgueil et préjugé » et « Raison et sentiments ». C’est avant tout un roman d’apprentissage, Emma est au début très satisfaite de sa personne et de son sens de l’observation. En réalité, son imagination la rend parfaitement aveugle. Emma interprète les faits et gestes de son entourage à l’aune de ses rêveries. Mr Elton semble rechercher la compagnie de Harriet, il s’inquiète de sa santé mais tout cela n’a qu’un seul but  : se rapprocher d’Emma. Lorsque Mr Elton lui fait sa demande en mariage, Emma tombe de haut. Mais ce cuisant échec ne stoppe aucunement notre marieuse ! Elle change son fusil d’épaule et tente un rapprochement entre Harriet et Frank Churchill, fils du mari de la nourrice d’Emma. Comme Mr Elton, Frank Churchill n’est en rien intéressé par Harriet puisqu’il est déjà fiancé ! Emma est systématiquement à côté de la plaque pour les autres et pour elle-même. Elle ne devine pas les intentions de Mr Knighley et ce n’est qu’à la toute fin qu’elle réalise son amour pour lui.

Jane Austen en écrivant ce roman voulait décrire un personnage central qu’elle seule pouvait aimer. Emma pourrait agacer le lecteur par son aveuglement, son obstination à faire le bonheur des autres contre leur gré. Mais Jane Austen traite son enfant gâtée avec beaucoup d’humour et d’ironie. Mr Knighley se charge régulièrement de la remettre à sa place. Au final, Emma est un personnage  que je trouve très attachant et on ne saurait lui tenir rigueur de ses erreurs faites dans un élan de jeunesse et d’excès de confiance.  La hiérarchie sociale dans « Emma » est très importante et respectée à la lettre. Les unions doivent s’envisager entre des niveaux sociaux équivalents. On est loin de « Orgueil et préjugé »  où Mr Darcy pouvait épouser Elizabeth Bennet qui lui était inférieure socialement. Ici on ne se mélange pas ! Emma est d’ailleurs très à cheval sur cette question. On s’en aperçoit à deux reprises. Lorsque Mr Elton déclare sa flamme à Emma, celle-ci est choquée qu’il puisse imaginer une union avec une famille si élevée. « En revanche, il ne pouvait ignorer qu’elle lui était infiniment supérieure financièrement et socialement. Il ne pouvait ignorer que les Woodhouse étaient établis à Hartfield depuis plusieurs générations, qu’ils étaient la branche cadette d’une très longue lignée, et que les Elton n’étaient rien du tout. » De même lorsque Harriet avoue à Emma qu’elle est amoureuse de Mr Knighley, notre héroïne est outrée qu’Harriet ne se rende pas compte de son infériorité. « Mr Knighley et Harriet Smith ! Quelle promotion pour celle-ci ! Quel avilissement pour lui ! Emma imaginait avec horreur la dégradation que cela représenterait pour lui, les sourires railleurs et les quolibets. Il serait livré en pâture à la dérision générale. » Foin d’amitié, Harriet redevient une jeune femme sans biens et sans origine lorsqu’elle espère s’élever socialement. Emma est d’autant plus en colère que c’est elle qui a introduit Harriet dans la haute société. Jane Austen nous montre là la cruauté de la petite société de province, chacun s’accroche à son milieu et en défend les privilèges en ne se mélangeant pas. L’auteur décrit l’étroitesse d’esprit de ce microcosme et d’Emma en particulier. Mr Knighley lui apprendra certainement à ouvrir les yeux, lui qui sait apprécier les qualités humaines de Robert Martin, simple fermier. 

« Emma » est un roman extrêmement bavard, toute l’intrigue, que certains qualifieraient de mince, tient dans les dialogues. Il y a peu de descriptions dans « Emma » contrairement aux premiers romans de Jane Austen. Et cette manière d’écrire colle parfaitement au personnage central qui trouve que : « Bavarder était chose plus facile qu’étudier. » Emma peut se moquer de Miss Bates, véritable moulin à paroles, mais elle n’est guère mieux ! J’ai trouvé que la forte présence des dialogues rendait ce roman très vivant, très animé. 

J’ai beaucoup apprécié la relecture d' »Emma » dont tous les personnages (à part l’arrogante Mrs Elton) sont touchants. Jane Austen me séduit encore une fois pour son ironie mordante, Emma n’échappe pas au ridicule où  l’a conduit son manque de jugement. Le tableau  de la société de province est encore une fois sans concession, enfermée dans les carcans du rang social. Un moment de lecture délicieux, à l’image de l’héroïne de Jane Austen.

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9 réflexions sur “Emma de Jane Austen

  1. Oups…! En fait de « moment de lecture délicieux », ce fut pour moi un roman tellement agaçant (avec cette héroïne, comme tu le signales, toujours à côté de la plaque), qu’une fois achevé, je l’ai donné !

  2. @Brize : Voilà un grave désaccord entre nous ! Mais je crois avoir déjà lu un billet disant qu’Emma était agaçante. Je l’ai trouvé drôle le personnage tellement elle ne comprend rien à rien.

  3. @Maribel : Il ne faut pas hésiter! Tu as vu l’adaptation avec Kate Beckinsale ? Je te conseille également le film avec Gwyneth Paltrow qui est une excellente Emma.

    @Ys : De toute façon, il faut lire tous les romans de Jane Austen, je les aime tous !

  4. @Karine : La relecture a souvent du bon ! Beaucoup de lectrices sont agacées par Emma, j’ai pour ma part tout de suite aimé son caractère de peste ! Je trouve ce roman très amusant.

  5. Oups, j’avais raté ton billet 🙂
    Tout pareil! Et je suis d’accord pour les dialogues qui font tout dans ce roman. Moi aussi j’aime bien Emma, pleine de bonne volonté mais pas très observatrice.

  6. @Isil : Il y a beaucoup de lectrices qui n’apprécient pas Emma, qui la trouve pénible. Je pense que c’est ce qui fait son charme, elle est tellement maladroite et toujours à côté de la plaque elle qui se croit fine psychologue ! C’est vraiment un Jane Austen très plaisant et que je placerai en 3ème position après « Orgueil et préjugé » et « Raison et sentiment ».

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