L'histoire d'un mariage de Andrew Sean Greer

« Nous croyons connaître ceux que nous aimons. Nos maris, nos femmes. Nous les connaissons, nous nous identifions à eux, parfois, séparés lors d’une soirée en bonne compagnie, nous nous surprenons à exprimer leurs opinions, leurs goûts culinaires ou littéraires, à raconter une anecdote qui ne sort pas de notre mémoire mais de la leur. »

Pearlie Cook va effectivement apprendre que nous ne connaissons jamais réellement les personnes qui nous entourent. L’histoire du mariage de Pearlie avec Holland est pourtant un vrai conte de fée. Tous deux se sont connus adolescents, ils ont flirté puis la guerre est survenue. Holland ne donne pas de nouvelles à son amour de jeunesse durant cette période, mais le hasard réunit Pearlie et Holland en 1949 à San Francisco. Ils se marient et ont un fils, Sonny, qui contracte la polio. Ils ne sont pas bien riches mais réussissent à s’en sortir et à mener une vie paisible.

En 1953, un vieil ami de Holland refait surface. Charles Drummer, dit Buzz, sonne à la porte des Cook et la vie de Pearlie change irrémédiablement. Ses certitudes sur son mari, sa vie sereine et normale basculent.

Il est impossible d’en dire plus sur le roman d’Andrew Sean Greer. L’auteur ne cesse de surprendre son lecteur. L’arrivée de Buzz se fait très tôt dans le roman et Pearlie (comme le lecteur) ne cesse de découvrir de nouvelles informations concernant son mari. La vie qu’elle s’était construite vacille sur ses fondations. Buzz lui propose un marché impossible : continuer sa vie d’avant en sachant qu’elle est basée sur des mensonges ou repartir à zéro sans son mari qu’elle aime éperdument. Car Holland est le premier amour de Pearlie, on apprend qu’elle s’est battue pour le protéger et elle est fière d’être sa femme. Holland est en effet un homme d’une grande beauté, magnétique, attirant tous les regards sur lui. Il est tellement désiré que lui-même n’a pas le temps de savoir ce qu’il veut, il se laisse porter par les envies des autres. Holland est faible mais Pearlie pense qu’il a une malformation cardiaque et elle découpe toutes les mauvaises nouvelles des journaux pour l’épargner. Malheureusement pour Pearlie, le problème de Holland n’est en rien physique.

« L’histoire d’un mariage » est également le portrait d’une époque : les années 50. Comme le signale la quatrième de couverture, ce livre fait beaucoup penser aux films de Douglas Sirk de par son sujet (découvrir ce qui se passe derrière les apparences lisses) et sa description de cette période de l’Histoire des Etats-Unis. Les années 50 ne sont pas caractérisées par leur liberté de pensée et d’agir. La ségrégation envers les noirs est très forte, ils ont des endroits réservés dans les bus, les bars ou même les villes. L’ère n’est pas encore à la rébellion, à la lutte, les noirs font profil bas à l’image de Pearlie. Mais le carcan des années 50 ne touche pas que les noirs. Les femmes sont forcément des femmes au foyer, des mères dévouées à leur progéniture et leur mari. On le voit avec le personnage d’Annabel, jeune femme qui fait des études de chimie. Il n’y a bien entendu que des hommes dans son université et tous dévisagent et jugent cette femme aux ambitions masculines. Elle finit d’ailleurs par rentrer dans le rang. Mais les hommes ne sont pas épargnés : « Quelle chose étrange et triste d’être un homme. Que c’est affreux de subir aussi durement que n’importe qui les coups de la vie, sans avoir le droit d’exprimer ce que tu ressens. » Andrew Sean Greer évoque aussi la grande histoire plus que chaotique : Ethel Rosenberg,  le sénateur Mc Carthy, la guerre de Corée. La méfiance de l’autre est au centre de cette société. Les années 50 ne furent sans doute pas très joyeuses à vivre mais elles sont à l’origine de nombreuses oeuvres passionnantes et Andrew Sean Greer en rend fort bien l’atmosphère.

« L’histoire d’un mariage » déjoue sans cesse les attentes de son lecteur qui du coup est sur le qui-vive. Peut-être que trop de surprises tuent l’effet de surprise. Mais dans l’ensemble j’ai passé un bon moment de lecture, Pearlie est très attachante et la peur ambiante dans les années 50 est bien analysée.

 

 

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8 réflexions sur “L'histoire d'un mariage de Andrew Sean Greer

  1. @Manu : Je ne suis pas toujours assez patiente pour attendre la sortie en poche. Celui-ci je l’ai acheté au Salon du livre et c’est un livre très agréable à lire et plein de surprises.

  2. Une lecture qui joue beaucoup sur les coups de théâtre/révélations successifs, que j’ai globalement appréciée (un bémol concernant le manque de communication à mon sens peu crédible, du moins poussé à ce point, dans le couple).

  3. @Brize : C’est vrai qu’il joue peut-être un peu trop sur les surprises mais j’ai bien aimé la retranscription des années 50. Ce livre m’a fait pensé aux films de Douglas Sirk.

  4. ça a l’air vraiment très très bien. Comme Manu, je vais attendre la sortie en poche (ça prend trop de place les grands format), mais je compte bien le lire un jour !

  5. @Céline : Je suis d’accord avec la place que prennent les grands formats d’autant plus que j’ai peu de place chez moi. Mais de temps en temps, je craque pour une nouveauté! C’est un livre très agréable à lire, très intéressant dans sa restitution des années 50 et ses contraintes sociales.

  6. Je me retrouve totalement dans ton commentaire ! Heureusement que le livre est sorti en poche, je ne l’aurai certainement pas lu sans cela. C’est vraiment le portait d’une époque comme tu le dis, c’est d’aileurs ce qui m’a complètement emballé !

  7. @Pickwick : J’en avais entendu parler dans des journaux littéraires et j’étais tombée dessus au salon du livre l’année dernière ce qui avait fini par me décider. J’ai vraiment aimé la retranscription de cette époque, l’étroitesse d’esprit qui empêchait les gens de vivre, de s’exprimer. J’attends son prochain livre !

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