Samedi de Ian McEwan

« Samedi » est ma troisième lecture de l’oeuvre du romancier Ian McEwan après « Expiation » et « Sur la plage de Chesil », deux romans qui m’avaient beaucoup plu.

« Samedi » nous raconte dans le détail une journée dans la vie de Henry Perowne, neurochirurgien de 48 ans résidant à Londres. Il a programmé son samedi : une partie de squash avec l’un de ses collègues, faire les courses pour le repas célébrant le retour de sa fille Daisy partie en France pour ses études, aller voir sa mère atteinte de la maladie d’Alzeihmer, aller écouter son fils Theo répéter avec son groupe de blues et enfin profiter de cette soirée en famille. Mais tout ne va pas exactement se dérouler comme Henry l’avait prévu. Sa journée commence déjà très, très tôt et pour cause, son vendredi s’est terminé très rapidement : « 48 ans, et profondément endormi un vendredi soir à 9h30 : voilà le résultat de la vie professionnelle d’aujourd’hui. Il travaille dur, comme tout le monde autour de lui, mais cette semaine, une épidémie de grippe au sein du personnel de l’hôpital l’a contraint à mettre les bouchées doubles (…) » Henry est euphorique à son réveil mais un premier évènement va modifier son humeur et le remplir d’anxiété. Cela ne fera que s’accentuer tout au long de son samedi.

La violence est au coeur du roman de Ian McEwan, elle va monter en puissance au fil des pages et de la journée d’Henry Perowne. Elle est devenue très présente dans nos vies d’occidentaux depuis le 11 septembre. La peur est partout et contamine notre vision du monde. Lorsque Henry voit dans le ciel un avion en feu, il s’imagine tout de suite qu’il s’agit d’un nouvel attentat contre notre civilisation. En réalité, il ne s’agit que d’un réacteur défectueux ! La violence, la peur amènent une paranoïa permanente, aggravée par les médias. L’information est sur le qui-vive 24h sur 24, surveillant les moindres soubresauts du monde, espérant un spectacle violent à offrir aux téléspectateurs angoissés. Henry s’en rend bien compte mais il ne peut y résister : « Il est plus intoxiqué que la majorité de ses semblables. Ses nerfs, tendus à craquer comme les cordes d’un instrument, vibrent à chaque « flash » d’information. Il est devenu incapable du moindre scepticisme, il supporte de moins en moins la contradiction, la confusion le gagne, pis, il se sent perdre son indépendance d’esprit. » La journée d’Henry Perowne est symptomatique de nos vies d’occidentaux croyant leur modèle de civilisation en permanence menacé par de soi-disants terroristes. Mais comme le montre bien Ian McEwan la peur, la crainte de l’autre ne peut qu’engendrer la violence, la décupler.

Face à ce monde destabilisé, certains se replient sur les religions ; Henry se raccroche à une notion : le hasard. En bon médecin, Henry ne voit que les lois de la physique qui seules gouvernent nos vies. Les trajectoires de chacun se jouent à peu de chose et c’est le cas de Baxter au chromosome déficient déclencheur de sautes d’humeur violentes. Henry croit dominer ces lois ou du moins les comprendre mais il va apprendre à ses dépens que le hasard est réellement imprévisible.

Le style de Ian McEwan est d’une grande fluidité. Il réussit à entrelacer avec virtuosité les évènements de la vie d’Henry Perowne et ceux du monde. Il navigue aussi sans cesse entre le présent et le passé ce qui nous permet d’englober parfaitement la vie des différents protagonistes de la journée. L’auteur nous narre dans les moindres détails le samedi d’Henry sans jamais ennuyer, justement grâce à ces différents niveaux de narration. A souligner aussi l’importance que Ian McEwan donne à l’art, notamment la musique et la littérature qui enrichissent nos vies et nous ouvrent l’esprit.

« Samedi » de Ian McEwan est un exercice de style brillant et réussi. Mais il se double d’une analyse tout à fait intéressante sur l’état de la civilisation occidentale après les attentats du 11 septembre 2001. Cette troisième exploration de l’univers du romancier anglais m’a séduite et je vais continuer à découvrir son travail.

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13 réflexions sur “Samedi de Ian McEwan

  1. Le livre que je préfère de cet auteur c’est « Délire d’amour ». J’ai lu plusieurs de ses romans, mais pas encore celui-là qui est tellement londonien qu’il devrait me plaire…

  2. @Ys : Je ne connais pas « Délire d’amour », je le note tout de suite puisque j’ai bien envie de continuer de découvrir l’oeuvre de McEwan. Londres est très présente dans ce récit, tu peux donc y aller les yeux fermés!

    @Keisha : Eh oui encore un écrivain britannique! Il n’y a rien à faire, je ne m’en lasse pas! Classiques et contemporains, tout me plaît!

  3. J’ai adoré « Expiation » et détesté « Un jardin de ciment » Le prochain sera « Sur la plage de Chesil qui sera bientôt en poche ! Après, je verrai !

  4. @Manu : Des livres dont tu me parles, j’ai lu « Expiation » que j’ai beaucoup aimé et « sur la plage de Chesil » qui est excellent. Mais c’est « samedi » que j’ai préféré. En revanche, je ne connais pas « Un jardin de ciment » et je crois que je vais m’en passer du coup!!

  5. Ce roman m’avait déçue. Au début, j’étais totalement séduite par le style de l’auteur. Et puis, au bout d’un moment, j’ai attendu qu’il se passe quelque chose (d’autant que la quatrième de couverture, de mémoire, n’y allait pas de main morte, je me demande même si elle n’évoquait pas un « thriller »)… et, quand j’en ai eu marre, j’ai feuilleté pour voir quand ce quelque chose arriverait enfin.
    Bref, j’ai achevé cette lecture en diagonale.

  6. @Brize : Mince un livre sur lequel nos avis divergent, ce n’est pas fréquent!! C’est vrai que la 4ème de couverture est très exagérée, elle vend le livre pour ce qu’il n’est pas. Et tu as essayé d’autres McEwan?

  7. (oups, mon petit doigt a fait une fausse manoeuvre… donc je poursuis) et ça n’a pas été une réussite, comme tu le constateras.
    Et je ne peux pas réessayer avec « Expiation » car j’ai vu l’adaptation cinématographique donc zéro surprise (et moi, j’aime bien les surprises ou, au moins, un peu de suspense).

  8. @Brize : J’ai lu également « Sur la plage de Chesil » mais j’ai préféré « Samedi ». »Expiation » était mon premier de McEwan et c’est vrai que si tu as vu le film, l’intrigue perd grandement de son intérêt.

  9. Pingback: Délire d’amour de Ian McEwan | Plaisirs à cultiver

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