Les rois du crime d'Alexandre Bonny

Leurs méfaits font les gros titres des journaux, ils font peur ou fascinent, ils sont braqueurs, cambrioleurs, proxénètes, trafiquants de drogue, trempent dans des magouilles financières, immobilières ou autres affaires louches. Ce sont les vedettes du grand banditisme à la française qui ont marqué leur époque, et qui pour certains sont passés à la postérité.

Le journaliste Alexandre Bonny propose dans « Les rois du crime » quinze courts portraits de ces gangsters du XXème siècle, des années folles à nos jours. Leurs profils psychologiques sont très divers : il y a des doux et des brutaux, des impulsifs et des réfléchis, des risque-tout et des prudents, des fanfarons et des discrets, des solitaires et des grégaires, des cupides et des généreux, des besogneux et des paresseux, bref on trouve tous les caractères dans le monde de la pègre. Cependant ils ont en commun de rejeter les codes de la société des honnêtes gens, de refuser la perspective indigne à leurs yeux du métro-boulot-dodo, et sont tous animés d’une volonté de puissance qui les place d’emblée dans les marges de la société et les condamne souvent à une attitude jusqu’au-boutiste.

Autre chose les rassemble : pour la plupart, ils sont issus de milieux populaires, pauvres, voire misérables. Ils débutent souvent très jeunes dans la carrière et leur passage en maison de redressement, prison, camp ou autre bataillon disciplinaire est l’expérience qui les lance définitivement, par la fréquentation de malfrats plus chevronnés, sur la voie de la délinquance. Ajoutez à cela la possibilité de vivre sans entraves, de mener une existence aventureuse et shootée à l’adrénaline – l’excitation du danger et de l’action est souvent plus motivante que le seul appât du gain -, et tous les éléments sont en place pour faire d’un type ordinaire un « roi du crime ».

On en apprend aussi sur les liens qui unissent le Milieu au monde du show-biz, et surtout à celui de la politique. Ainsi les collabos pendant l’occupation se servirent-ils de truands pour lutter contre les résistants, qui à leur tour les utilisèrent pendant l’épuration, en échange d’une totale impunité pour leurs actions criminelles « ordinaires ». Et que dire des accointances entre le Milieu marseillais et les politiciens de la ville, ou des petits arrangements entre gangsters et services secrets ou autres officines clandestines comme l’OAS et le SAC ? Après tout, barbouzes et grands délinquants évoluant tous dans les zones d’ombre de la société, il était presque fatal qu’ils se rencontrent et, à l’occasion, s’entendent. Les plus grands criminels ne sont peut-être pas ceux que l’on croit.

Les quinze portraits sont plus ou moins acrocheurs, certains marquent plus que d’autres, et ceux-là auraient mérité d’être développés (Pierrot le Fou, Albert Spaggiari, Mesrine, Francis le Belge, le Gang des Postiches, Antonio Ferrara), car on a parfois l’impression d’un survol trop rapide. En tout cas, leur lecture est très agréable, et l’écriture alerte se rapproche plus du polar que de la biographie, ce qui cadre parfaitement au sujet. Je le recommande donc à tous ceux qui veulent s’offrir une intéressante plongée dans le monde interlope du grand banditisme français.

Ouvrage lu dans le cadre de « Masse critique » de Babelio.com.

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