Maria avec et sans rien de Joan Didion (Blog-o-trésors)

 

Le livre de Joan Didion s’ouvre sur trois témoignages. Celui de Maria qui nous raconte son enfance dans une petite bourgade du Nevada avec un père joueur mettant en place des projets perpétuellement voués à l’échec. Elle parle aussi de sa fuite à New York où elle commence une carrière de mannequin. Puis elle rencontre Carter, un jeune réalisateur, qu’elle épouse et avec qui elle a une petite fille Kate. Cette confession s’adresse à des médecins, on devine que Maria est internée. On ne tarde pas à savoir pourquoi grâce au deuxième témoignage. Hélène, une amie de Maria, nous apprend que celle-ci a tué un certain BZ. La troisième personne à s’exprimer est Carter qui repense à son mariage avec Maria, à ses attitudes étranges qui auraient dû lui faire comprendre le mal-être de son épouse.

Ensuite Joan Didion reprend la narration en main. Elle décompose la vie de Maria en 84 fragments, 84 courts chapitres. Ils décrivent un destin tragique, un être à la dérive, le revers du rêve américain. Maria n’a  pas réussi à faire carrière comme actrice, elle a divorcé de Carter et leur fille est internée. Maria est perdue, elle passe ses journées à rouler sans but pour ne penser à rien. Elle vit pourtant à l’endroit où se cristallise le plus le rêve américain : Hollywood. Elle est entourée d’acteurs, de réalisateurs, de producteurs dont le fameux BZ qui la traîne de soirée en soirée. Mais Maria semble déjà morte, en dehors de la vie, ne ressentant plus rien, n’ayant plus d’espoir en rien. Elle va droit dans le mur jusqu’au drame : »Si Carter et Hélène veulent croire que c’est arrivé parce que j’étais folle, qu’on les laisse dire. Il faut bien qu’ils le mettent sur le dos de quelqu’un. Carter et Hélène croient encore au système cause-effet. Carter et Hélène sont également persuadés que les gens sont soit sains d’esprit, soit déments. »

Ecrit en 1970, « Maria avec et sans rien » est un livre culte aux Etats-Unis. Grâce aux éditions Pavillons de Robert Laffont, ce roman arrive enfin jusqu’à nous. Joan Didion a toute sa vie scruté son pays et l’a décrit avec une écriture au scalpel, crue, froide et sans concession. Le mal-être de Maria est celui d’une génération, celle des années des 70 marquée par la guerre du Vietnam, plongée dans la drogue et agitée par les mouvements pour les droits civiques. La perte des illusions sur le rêve américain est très présente dans la littérature de ce pays, on pense à John Fante, Hubert Selby Jr et, plus proche, Bret Easton Ellis. Tous nous montrent la noirceur de l’Amérique, la vie de ceux qui n’ont pas eu de chance et que le rêve a laissés sur le bord de la route.

J’ai été au départ déroutée par la forme fragmentaire du roman qui picore dans la vie de Maria de manière anachronique. Le livre refermé, j’ai eu un sentiment de grand pessimisme, d’un grand gâchis. Maria est le symbole d’une Amérique dépressive, se débattant contre le néant et sous prosac. « Maria avec et sans rien  » est un grand roman qui ne peut laisser indifférent, Joan Didion est un auteur de la trempe de ceux cités plus haut avec la même acuité de regard sur son pays.

 

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2 réflexions sur “Maria avec et sans rien de Joan Didion (Blog-o-trésors)

  1. @Grominou : C’est tout à fait ça! Si tu n’as pas le moral, il vaut mieux éviter Maria! Mais c’est un grand livre, je ne m’étonne plus de savoir qu’il est culte aux Etats-Unis.

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