Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome

A la fin du XIXème siècle, trois petits employés de bureau londoniens (et un chien) décident de remonter la Tamise en canot, histoire de se délasser. Après de vives discussions sur l’organisation du voyage, les voilà partis pour un périple de deux semaines en bateau sur un fleuve chargé d’Histoire et d’histoires.

Jerome K. Jerome mêle les genres. Chaque ville ou village rencontrés, chaque parc, château ou cimetière est l’occasion de rappeler des faits historiques ou d’évoquer de hauts personnages. L’auteur décrit les paysages traversés, célèbre les beautés des rives de la Tamise, et recommande au lecteur de visiter tel lieu ou de s’arrêter à telle auberge. On a l’impression de tenir entre les mains un guide touristique version XIXème siècle.

Telle était bien son intention première. L’introduction – Garnier-Flammarion nous a habitués à de longues et souvent fastidieuses préfaces, mais celle-ci pour le coup apporte un éclairage intéressant sur la genèse et le contexte de l’œuvre – nous apprend qu’à l’origine le livre devait mêler « description de paysages et évocation historique », entrecoupées d’ « intermèdes humoristiques pour la détente du lecteur ». C’est cet humour qui retient finalement l’attention du lecteur, et continue de faire aujourd’hui la renommée du livre.

Nous assistons donc aux péripéties rocambolesques de nos trois amis (et du turbulent fox-terrier Montmorency), avec son lot d’incidents, de disputes, de chutes, de collisions ou de farces parfois douteuses. Le narrateur rapporte également quelques souvenirs ou anecdotes comiques du passé. « Trois hommes dans un bateau » est caractéristique du non-sens, de l’absurde, de l’excentricité et de la douce folie qui forment le fond de l’humour british. Le ressort du comique à l’anglaise naît (merci encore l’introduction !) d’ « un décalage entre, d’une part, un ordre social très contraignant, qu’il est exclu de remettre en question, et, d’autre part, les multiples catastrophes qui ne cessent de se produire à l’intérieur même de cette enveloppe de conventions ». Ainsi de Georges qui, se levant en pleine nuit alors qu’il croit être huit heures du matin et qui, constatant qu’il fait nuit et que sa logeuse n’est pas levée comme à son habitude, continue pourtant de faire les gestes quotidiens pour se préparer et partir à son travail : plutôt pousser une situation jusqu’à l’absurde que de chambouler les codes sociaux admis.

Les promenades en bateau sur la Tamise étaient très prisées par les Londoniens de l’époque, aussi bien des aristocrates que des gens du peuple, dont les petits-bourgeois, catégorie sociale en plein essor à laquelle appartenait Jerome K. Jerome. Fils d’un propriétaire de mines de charbon ruiné, il dut très tôt subvenir à ses besoins comme employé de bureau ou clerc de notaire. Les critiques lui reprochèrent son humour cockney de petit employé, représentatif de cette classe sociale à mi-chemin d’un peuple inculte et d’une élite cultivée. Mais qu’importe pour le lecteur d’aujourd’hui, français de surcroît, pour qui « Trois hommes dans un bateau » est un exemple savoureux de ce que l’humour anglais a produit de meilleur.

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7 réflexions sur “Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome

  1. @keisha : et en anglais ça doit être encore plus plaisant, on y perd sûrement en passant au français.

    @béné : c’est très frais effectivement, et décalé comme il se doit. C’est marrant que l’aspect humoristique ait prévalu sur l’aspect « guide touristique », contrairement aux intentions de l’auteur.

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