Ritournelle de la faim de J-M-G Le Clézio

J-M-G Le Clézio a reçu le prix Nobel de littérature au moment où sortait son dernier roman, « Ritournelle de la faim ». Celui-ci est l’histoire d’un apprentissage, celui d’Ethel pendant la seconde guerre mondiale.

Ethel a dix ans au début du livre, sa famille est aisée et vient des deux côtés de l’Ile Maurice. Son père Alexandre garde la nostalgie de son île. « Elle approchait sa chaise de celle de son père, elle respirait l’odeur âcre douce de ses cigarettes, elle l’écoutait parler du temps jadis, là-bas, dans l’île, quand tout existait encore, la grande maison, les jardins, les soirées sous la varangue. » Le grand oncle Soliman sait en revanche très bien pourquoi il a voulu quitter Maurice : « Petit pays, petites gens. » Soliman est l’homme riche de la famille, à sa mort il lègue tout ce qu’il possède à Ethel qu’il adorait. Ce décès marque la fin de l’innocence pour Ethel et le début de ses ennuis. Son père, Alexandre, est un rêveur et ce trait de caractère est peu compatible avec les affaires. Alexandre ne rapporte que des dettes à la maison; il entraîne Ethel chez le notaire pour qu’elle lui laisse l’argent de Soliman. « Elle n’avait que quinze ans, elle venait de tout perdre. »

Les parents semblent poursuivre leur vie comme si de rien n’était, comme s’ils ne savaient pas que la guerre et la banqueroute arrivaient à leur porte.Ethel voit ce qui arrive et tente de sauver sa famille. Elle reprend en main les affaires de son père mais ne peut que limiter les dettes qui coulent le vaisseau familial.

La guerre vient compléter la perte amenée par la faillite d’Alexandre. Ethel est bel et bien sortie de l’enfance. « Il fallait quitter l’enfance, devenir adulte. Commencer à vivre. Tout cela, pour quoi? Pour ne plus faire semblant, alors. Pour être quelqu’un, devenir quelqu’un. Pour s’endurcir, pour oublier. » C’est Ethel qui organise la fuite vers Nice, elle qui cache ses parents lorsque les allemands débarquent dans la ville. Le paradis perdu qu’était l’Ile Maurice est alors bien loin.

J-M-G Le Clézio s’interroge une nouvelle fois sur son identité et sur celle de notre monde occidental. Le personnage d’Ethel est fortement inspiré de celui de sa mère, « (…) d’une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans. » Le Clézio est lui même né pendant la guerre à Nice et il cherche à comprendre comment la France a pu laisser venir la guerre. Les conversations de la famille d’Ethel montrent cette violence, cette haine qui gagnent lentement le coeur et le cerveau. « A mesure que le vaisseau familial s’enfonçait revenaient à Ethel tous ces bruits de voix, ces conversations absurdes, inutiles, cet acide qui accompagnait le flux des paroles comme si,un après-midi après l’autre, de la banalité des propos se dégageait une sorte de poison qui rongeait tout alentour, les visages, les coeurs, et jusqu’au papier peint de l’appartement. » Seule Ethel semble lucide et sa clairvoyance la sort brutalement du cocon douillet de son enfance.

Le portrait d’Ethel est magnifique, c’est un personnage qui se construit au fil des pages, devient fort et s’illumine face à la noirceur du monde.

L’écriture de J-M-G Le Clézio fait toujours merveille, tour à tour poétique et grave, « Ritournelle de la faim » est un roman intense, cherchant à comprendre l’Homme et ses contradictions. Encore un roman de Le Clézio qui montrera aux esprits chagrin que cet écrivain humaniste méritait bel et bien son prix Nobel.

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