Versailles de Pierre Schoeller


Paris, une jeune femme et son enfant de 5 ans vivent et dorment dans la rue cherchant jour après jour un lieu abrité. Cette jeune femme se nomme Nina (Judith Chemla) et on ne sait rien de son passé, des évènements qui l’ont précipitée dans la rue. Un soir le samu social l’emmène dans un foyer de Versailles où elle passe la nuit avec son fils Enzo (Max Baissette de Malglaive). Le lendemain elle veut rentrer sur Paris en empruntant un raccourci à travers la forêt. Là elle rencontre Damien (Guillaume Depardieu) qui vit dans une cabane de fortune. Tous deux ont tenté de s’insérer dans la société à coups de plan de réinsertion, d’emplois jeunes inadaptés. Le RMI ne concernant pas les moins de 25 ans, rien n’a empêché Damien et Nina de se retrouver à la rue. Ou plutôt dans les bois pour Damien qui y a trouvé refuge avec quelques autres marginaux. Nina passe la soirée avec lui et part à l’aube en laissant Enzo espérant ainsi pouvoir courir l’offre d’emploi plus facilement. Damien se retrouve avec un enfant sur les bras et finit par s’accommoder de cette présence. La vie s’organise entre les deux et le petit garçon dompte l’ermite bourru. Un vrai sentiment de filiation s’installe et Enzo s’adapte très bien à cette vie dans la forêt faite de débrouillardise et de bric-à-brac. Lorsque Damien fait un malaise, Enzo le sauve en allant chercher des secours au château du Roi Soleil. Les images du jeune garçon crasseux parmi les ors de la monarchie sont saisissantes. Damien comprend alors que lui aussi doit sauver Enzo et que la forêt n’est pas un lieu pour un enfant de 5 ans. Le retour à la vie « normale » est douloureux pour les deux, cette vie est contraignante : Damien retourne au travail, Enzo doit aller à l’école. Mais pour Damien il est trop tard, la réinsertion est devenue impossible et son retour à la cabane inévitable.

« Versailles » est le premier film de Pierre Schoeller et c’est une réussite. Il aborde le monde des sans-abris de manière lucide. La situation de ces personnes n’est pas enjolivée mais Pierre Schoeller ne se sert pas non plus du pathos, de l’émotion facile. « Versailles » fustige la dureté de la société actuelle. Les jeunes qui ne peuvent être aidés par des proches tombent rapidement dans la misère faute d’assistance adaptée. Le gaspillage de la société de consommation est également dénoncé dans une scène où Damien et Enzo font les poubelles d’un supermarché. Enzo se brule les mains à cause de l’eau de javel avec laquelle les supermarchés aspergent la nourriture jetée au lieu de la donner. On vit intensément « Versailles » à travers deux acteurs d’exception. Guillaume Depardieu est remarquable, sa puissance physique, le feu intérieur qui l’anime donnent chair et âme à son personnage. Max Baissette de Malglaive a lui aussi uyne présence physique incroyable, son regard nous hypnotise littéralement. On a peu parlé de « Versailles », sorti à la fin de l’été, dans les médias et c’est fort dommage. C’est un film juste, touchant comme on en voit peu.

 

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