De la beauté de Zadie Smith

« De la beauté » de Zadie Smith nous montre le délitement de la vie professionnelle et personnelle d’Howard Belsey. Au début du roman, sa situation semble stable. Howard est professeur d’esthétique à l’université de Wellington près de Boston, spécialiste de Rembrandt sur lequel il tente depuis des années d’écrire un livre. Il est anglais et a épousé une afro-américiane, Kiki, avec qui il a trois enfants forts différents les uns des autres. L’aîné, Jérôme, est ultraconservateur, croyant à l’opposé de ses parents. Zora est étudiante à Wellington, travailleuse, défendant les idées de gauche et totalement en admiration devant le milieu universitaire. Levi, le dernier de la tribu, cherche sa place socialement et racialement. Métisse élevé dans un milieu privilégié, il se veut noir luttant pour sa survie dans les banlieues défavorisées de Boston. Levi explique d’ailleurs à un haïtiens vendant des sacs à la sauvette : « (…) Tu te démerdes, mec. Et c’est différent. C’est ça, le bitume. Se démerder, c’est rester vivant, t’es mort si tu sais pas te démerder. Et t’es pas un renoi si tu connais pas la démerde. »

Le monde d’Howard se fissure lentement tout au long du roman. Son mariage est en danger suite à une incartade entre Howard et une enseignante en poésie de Wellington. Kiki tente de pardonner à Howard mais il « (…) faisait le dur apprentissage des niveaux de purgatoire inclus dans le pardon. »

Son fils Jérôme, incompris par le reste de sa famille, se réfugie chez l’ennemi juré de son père : Monty Kipps également universitaire, ultraconservateur et auteur d’un livre sur Rembrandt. Howard commence à perdre totalement pied lorsque Monty Kipps est invité à faire une série de conférences à l’université de Wellington. La guerre est déclarée entre les deux familles, chacun participe : Howard et Monty s’affrontent à propos de la discrimination positive, leurs filles se battent pour le même homme… Aucun camp ne sortira indemne de la lutte des deux grands cerveaux…

A la manière de David Lodge, Zadie Smith égratigne le milieu universitaire dans son roman notamment à travers le personnage d’Howard. Ce dernier se pense fort important, ses idées sont supérieures au commun des mortels. Au final, Howard n’est pas fichu de terminer un livre et son cours semble abscons à la majorité des étudiants. « Ils prendraient des notes comme des sténographes détraqués et seraient tellement concentrés sur les mouvements de sa bouche qu’Howard serait persuadé d’avoir en face de lui une classe de sourds lisant sur ses lèvres ; chacun, sans exception -et en toute sincérité- noterait son nom et son e-mail, bien que le professeur Belsey eût martelé : « S’il vous plaît, marquez votre nom seulement dans le cas où vous avez sérieusement décidé de suivre ce cours. » Et le mardi suivant, il y aurait 20 gosses. Et le mardi d’après, 9. » le débat intellectuel opposant Howard à Monty sur la discrimination positive et la place d’élèves défavorisés à Wellington, n’est en réalité qu’un combat de coqs. L’ego brillant de chacun veut écraser celui de l’autre en public et remporter l’admiration de tous. Les deux universitaires ne sont pourtant pas d’une irréprochable moralité. Chacun prfite de sa position pour conquérir de jeunes étudiantes.

La jeune Zora prend d’ailleurs la mauvaise voie tracée par son père. Elle défend devant les institutions et à coups de pétitions la présence en cours de poésie d’un jeune slammeur ne payant pas de droits universitaires. Mais la belle amitié de Zora est loin d’être désintéressée, le slammeur au corps d’Apollon lui plaît beaucoup.

Heureusement au milieu du désagrégement des sentiments, l’amitié véritable et profonde de Kiki Belsey et de Carlene kipps nous permet de croire encore aux liens affectifs.

C’est avec une féroce ironie et une grande inventivité verbale que Zadie Smith nous narre les aventures de la famille Belsey. On rit, on grince des dents, on est finalement touché par cette humanité si imparfaite et fragile.

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