Sur les traces du serpent de Mary Elizabeth Braddon

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Slopperton est une petite ville d’Angleterre où de bien sombres évènements vont se dérouler sous la plume de Mary Elizsabeth Braddon (1835-1915). Le bien et le mal vont s’affronter et s’incarner en deux personnages.

Le premier à nous être présenté est Jabez North. Il est orphelin et a été recueilli dans les eaux de la Sloshy par les habitants de Slopperton, il travaille beaucoup et au début de notre roman Jabez North est maître d’études à l’académie de Dr Tappenden. La population accorde amitié et respect à cet homme : « Ainsi chacun à Slopperton louait ce jeune homme modèle et l’on prophétisait souvent que l’enfant trouvé serait à l’avenir l’un des plus grands hommes de la plus grande des villes – Slopperton. » Ce personnage n’est pourtant pas si parfait, un professeur de phrénologie a déclaré à son propos qu’il était singulièrement dépourvu de morale. Le lecteur comprend rapidement que le mal arrivera par la main de Jabez North.

Le deuxième personnage est Richard Marwood qui revient auprès de sa mère après 7 ans d’absence. il a profité avec excès des plaisirs qu’offre la vie. Mais il est de retour avec la ferme intention de reprendre sa vie en main. Son oncle, Montague Harding, veut l’aider grâce à la grande fortune qu’il a acquise aux Indes. Il lui propose de partir à l’aube dès le lendemain matin avec de l’argent et une lettre de recommandation dans une ville voisine. Malheureusement ce départ hâtif est le début des ennuis pour Richard puisque ensuite son oncle est retrouvé la gorge tranchée. Tout porte à croire à la culpabilité de Richard : il quitte le domicile à l’aube avec l’argent de son oncle et il est pris à la gare. Bien entendu le narrateur omniscient n’a pas laissé son lecteur dans le doute. On sait que Richard est innocent et que Jabez North est l’auteur de ce crime infâme. On le découvre dans toute sa noirceur : il laisse mourir un de ses élèves qui l’avait vu sortir par la fenêtre la nuit du meurtre ; il se rit d’une jeune femme qu’il a mise enceinte et la pauvre se jette dans la Sloshy ; il ira même jusqu’à tuer son frère jumeau pour faire croire à son propre décès et disparaître de Slopperton.

Pendant ce temps, Richard Marwood est jugé et plaidant la folie il est interné. Fort heureusement Richard a de nombreux amis qui ne le laisseront pas dépérir dans son asile. Ils feront tout pour retrouver les traces du serpent Jabez North.

L’intrigue du roman de Mary Elizabeth Braddon est d’une grande inventivité. Les fils de l’histoire nous entrainent à Paris, à Londres ; les surprises et les retournements de situation sont légion mais jamais le lecteur n’est perdu grâce à une solide construction. « Sur les traces du serpent » mélange une detective story, genre qui naît à cette époque, et le roman gothique où les morts ressuscitent. Ce type d’oeuvre s’est beaucoup développé au XIXème en Angleterre avec E.A. Poe comme géniteur, on pense notamment à Wilkie Collins dont on a redécouvert les livres il y a peu.

S’ajoute à cette poursuite du démon un narrateur omniscient qui commente avec une grande ironie l’histoire que nous sommes en train de lire. Il nous parle par exemple de la société philanthropique de Slopperton et précise que « (…) le fondateur était un un excellent citoyen, qui battait sa femme et avait chassé du foyer leur fils aîné. » Plus loin dans le roman, un personnage a recueilli un enfant dont la mère s’est suicidée et voici ce que cela donne : « Bébé est fortement attaché à Kuppins, et manifeste son affection par des démonstrations aimables, comme celles de donner des coups de poing dans sa gorge, de se suspendre à son nez, d’enfoncer une pipe dans ses narines, et autres preuves également charmantes de tendresse enfantine. »

Mary Elizabeth Braddon a écrit « Sur les traces du serpent » à l’âge de 25 ans et son exceptionnel talent narratif lui offrit une très grande popularité. Inconnue en France de nos jours, Mary Elizabeth Braddon était admirée par de grands auteurs comme Robert Louis Stevenson ou Henry James. On ne peut que se féliciter de l’initiative des éditions Joëlle Losfeld de remettre à jour ce grand talent de l’époque victorienne.

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3 réflexions sur “Sur les traces du serpent de Mary Elizabeth Braddon

  1. Je n’ai lu qu’une longue nouvelle de cet auteur, et j’ai adoré. « Lady Audley’s Secret » est sur ma PAL, et celui-ci me fait de l’oeil depuis un moment !

  2. @Maggie : Toi qui aimes Wilkie, tu peux te précipiter sur tous les Braddon ! Celui-ci comporte plus de suspense que « Le secret de Lady Audley » et elle rajoute une touche gothique et diabolique. Je ne peux que te le conseiller…désolée de rajouter ce livre à ta LAL !

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