La petite dame dans la grande maison de Jack London

Dick Forrest est un personnage à la forte personnalité, comme il en existe dans nombre de romans de Jack London. Orphelin après la mort de son père, dont il a hérité la grande fortune, il décide de se lancer dans l’agriculture. Une fois sa majorité atteinte et ses diplômes en poche, il plante là ses tuteurs et se lance dans l’aventure, parcourant le monde pendant neuf années. De retour sur ses terres, il s’attelle à la tâche et fait de son ranch le plus moderne de Californie, utilisant les dernières techniques de culture et d’élevage et administrant d’une main de maître son immense domaine. Pas plus brillant qu’un autre, Dick est avant tout un monstre d’énergie et de volonté, ainsi qu’un bourreau de travail.

Dick a également ramené de sa longue escapade sa femme, Paula, petit bout de femme casse-cou et enjoué, que Dick appelle son « garçon manqué ». Elle subjugue son entourage par sa beauté, son esprit et son dynamisme. La maison est d’ailleurs constamment emplie d’invités qui vont et viennent, et passent leur temps en excursions à cheval, baignade, repas, soirées, chants, jeux et farces. Il y règne une atmosphère de joie et d’agitation permanentes, auxquelles le couple d’hôtes participe activement.

L’un de ces invités est un homme que Dick a croisé lors de sa vie d’aventure : Evan Graham. Riche aventurier, il est désormais ruiné et compte profiter de son séjour pour travailler à un livre, récit d’un voyage à travers l’Amérique du sud. La première fois que Graham voit Paula, la « petite dame » tente de sortir un cheval fougueux d’un bassin d’eau dans lequel elle l’a amené, pour le sport. Il est d’emblée sous le charme. Graham et Paula se rapprochent et finissent par s’avouer leur amour, ce qui amène cette dernière à s’interroger sur la nature de ses sentiments pour Dick. Elle est alors face à un cruel dilemme : amoureuse des deux hommes, pour des raisons différentes, elle ne sait qui choisir. D’une nature très franche, elle se confie à son mari, homme d’une grande ouverture d’esprit et toujours amoureux fou de sa femme. La situation ne pourra se résoudre que dans le drame.

La quatrième de couverture parle de « ménage à trois », ce qui supposerait le consentement des deux hommes. Graham ne veut pas troubler la vie de son ami, mais son amour pour Paula est irrésistible. Dick, quant à lui, ayant tout deviné, souffre énormément, mais est trop amoureux de sa femme pour la contraindre à rester. Les deux hommes poussent Paula à choisir. C’est donc une histoire d’amour libre, surtout la liberté pour les femmes de choisir leur amour, au-delà des conventions sociales très prégnantes pour elles en ce début de XXème siècle.

On a tort de réduire Jack London à un écrivain de roman d’aventures. Même lorsqu’il en écrit, ce n’est pas pour l’aventure elle-même, mais l’aventure comme théâtre des passions humaines. C’est aussi dans l’action que l’homme se révèle à lui-même et aux autres. Mais il a également abordé dans son œuvre immense la politique, la société de classes, l’histoire, la psyché, le féminisme…et, avec cette « Petite dame dans la grande maison », l’amour. L’occasion – avec ce roman écrit dans un style très « XIXème siècle » pour un sujet très moderne, – de découvrir une nouvelle facette du talent de ce grand écrivain américain.

 

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