Les enfants de l'empereur de Claire Messud

« Les enfants de l’empereur » de Claire Messud prend place à New York en 2001 et fait le portrait de trois trentenaires en quête d’identité.

Danielle Monkoff est documentariste, on la découvre en Australie où elle prépare un reportage sur les aborigènes. Elle est provinciale mais se sent « new yorkaise dans l’âme. » Elle possède un petit appartement, rempli de livres, qu’elle entretient avec maniaquerie car « la seule façon de ne pas devenir folle dans ce minuscule studio était de le maintenir parfaitement en ordre. » Danielle est également célibataire et elle rencontre en Australie Ludovic Seeley qui semble s’intéresser à elle. De retour à New York, elle doit revoir ses ambitions professionnelles à la baisse puisque son reportage sur les aborigènes est refusé. Elle doit le remplacer par un reportage sur la chirurgie esthétique, reportage qui se trouve être beaucoup plus symptomatique de notre société narcissique. Ses projets sentimentaux sont également modifiés avec l’arrivée de Ludovic Seeley à New York puisque celui-ci se détournera d’elle pour une autre conquête plus intéressante socialement. Danielle a conservé de ses années à l’université deux amis : Julius Clarke et Marina Twaite.

Julius Clarke se voudrait journaliste, il a connu quelques succès avec ses premiers articles. Mais depuis il est resté pigiste. Il a beaucoup profité de sa jeunesse : « Toujours est-il qu’entre 20 et 30 ans il avait mené une vie de débauche et d’insouciance digne d’Oscar Wilde. » Julius est d’ailleurs lui aussi gay et il passe d’aventures en aventures. Arrivé à l’âge de 30 ans, il aspire à plus de stabilité dans sa vie professionnelle et personnelle.

Marina Twaite se veut elle aussi journaliste ou écrivain. Elle tente depuis plusieurs années d’écrire un livre sur la mode enfantine sans en voir la fin. Après cinq ans, son petit ami Al la laisse tomber ce qui oblige Marina à retourner vivre chez ses parents.

Son père, Murray, est l’empereur du titre du roman. C’est un homme éminent, un journaliste engagé reconnu par l’intelligentsia new yorkaise. « Il prétendait se battre contre l’injustice, avoir consacré sa vie à ce qu’il appelait un « journalisme moral ». Il prétendait ne vivre que par et pour son indépendance d’esprit, ses talents d’écrivain. » Sa stature de commandeur s’élève au-dessus de ce petit monde.

Deux personnages vont troubler cet ordre établi, vont chercher à déboulonner la statue du commandeur. Ludovic Seeley arrive à New York pour lancer un nouveau journal censé révolutionner le monde. Ludovic est extrêmement ambitieux, il ne supporte pas l’influence intellectuelle de Murray Twaite. Pour s’en rapprocher, il séduit Marina, se marie avec elle et tente de lui montrer, ainsi qu’aux restes du monde, que Murray « (…) n’est pas une sorte de Dieu mythique, rien qu’un journaliste médiocre avec un ego incroyablement surdimensionné. »

Le deuxième personnage est le propre neveu de Murray, Bootie. Celui ambitionne également de devenir écrivain. Il vient à New York car il admire son oncle. Murray le prend comme secrétaire particulier. Bootie découvre alors certains secrets de son oncle. Murray s’est en effet entiché de Danielle qui devient sa maîtresse. Bootie, déçu de la fausseté de son oncle, écrit un article dévastateur sur Murray qui le chasse de chez lui.

Un évènement va confirmer le passage à l’âge adulte de ces personnages et va marquer la fin de l’innocence : les attentas du 11 septembre. Danielle assiste à toute la scène de son appartement : « (…) elle voyait toujours des gens hagards, couverts de poussière, certains en larmes, qui tous remontaient l’avenue, une foule immense, comme des réfugiés de guerre, se dit Danielle (…) ; à la télé derrière elle, on parlait des avions, imaginez leur taille, tout ça était trop énorme, trop inouï, elle n’avait qu’une envie à présent, éteindre la télé, tout éteindre. » Le 11 septembre va bouleverser les vies de Danielle, Julius et Marina pour les pousser à grandir, à voir le monde tel qu’il est.

Ce roman nous parle des travers de notre époque. Nous vivons dans un monde tourné vers l’intérieur uniquement, chacun se préoccupant avant tout de lui-même. Les personnages n’ont qu’un but dans la vie qui leur semble être la clef du bonheur : « Devenir soi-même, trouver son style : ces quêtes typiques de l’adolescence et du début de l’âge adulte se prolongeaient, dans une civilisation obsédée par la jeunesse, au moins jusqu’à la quarantaine. » Danielle, Julius et Marina vivent dans un monde doré, privilégié, sans s’en rendre compte, sans en être satisfaits. Chacun n’est préoccupé que de sa réussite professionnelle et personnelle. Ce monde égoïste devrait cesser avec le 11 septembre mais ce bouleversement ne déclenche pas de réelle prise de conscience chez les personnages. On ne voit aucun d’entre eux aller sur groundzero pour aider les secouristes comme Jay Mc Inerney le décrivait dans « La fin de tout » où il parlait également de l’impact du 11 septembre sur les New Yorkais. Les différents personnages ne s’inquiètent que d’eux-mêmes et de leurs proches. Il ne s’interrogent que sur leur avenir, que sur leurs vies post 11 septembre. Claire Messud décrit un monde narcissique et égoïste incapable de se remettre en cause, ce monde où l’individualisme forcené est la panacée. Ce monde, malheureusement, est le nôtre.

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