This is England de Shane Meadows

Shaun a douze ans, et arbore une bonne bouille ronde et mélancolique. Il vit avec sa mère dans une ville industrielle et côtière du nord de l’Angleterre, au début des années 80. Son père, militaire, est mort pendant la guerre des Malouines. La vie n’est pas facile. Shaun (Thomas Turgoose) est un garçon triste et solitaire, houspillé par ses camarades à l’école. Au début du film, on le voit se faire chambrer parce qu’il porte un pantalon pattes d’éph’ d’une époque révolue ; le ton monte, les répliques fusent et dégénèrent en pugilat. Un jour il croise Woody (Joseph Gilgun) et sa bande de skinheads sous un tunnel, qui remarquent sa détresse. Il est peu à peu adopté, adoptant le look du parfait skinhead : crâne rasé, bretelles apparentes sur chemise Sherman et pantalon serré, retroussé sur chaussures Doc Martens (ou presque, sa mère n’ayant pas les moyens de lui acheter les vraies). La vie change du tout au tout pour le benjamin de la bande qui découvre les fêtes et la rigolade, l’alcool et la marijuana, les virées et la drague. Il se sent bien dans sa nouvelle famille qui rompt son isolement. Mais l’arrivée d’un nouveau personnage va tout bouleverser.

Woody et sa bande sont les héritiers du mouvement « historique » des skinheads, né à la fin des années 60 dans les usines et sur les chantiers navals du nord de l’Angleterre, où se côtoyaient ouvriers blancs et noirs. Mouvement festif et métissé, sur fond de musique, en particulier le ska, le reggae et la soul que les noirs, d’origine jamaïcaine, firent alors découvrir aux blancs. Mais au début des années 80, à la faveur des dures années de crise, il fut de plus en plus infiltré par les idées nationalistes et d’extrême droite, devenant ce mouvement raciste et fasciste absolument à l’opposé de ce qu’il était à l’origine. C’est ce renversement qu’incarne Combo (Stephen Graham), plus âgé que les autres et ayant appartenu aux « premiers skinheads ». Mais les années de prison l’ont changé, et à sa sortie il tente de gagner la petite bande à ses nouvelles idées. Woody refuse le bourrage de crâne et chacun doit choisir son camp. Shaun reste dans le giron de Combo, ce dernier ayant su jouer sur sa corde sensible : la mort de son père aux Malouines. De meetings nationalistes en agressions de Pakistanais, la vie de Shaun prend un nouveau tournant, moins amusant, et le drame semble proche.

Le réalisateur, Shane Meadows, a lui-même été skinhead dans les années 80. Il a donc parfaitement su rendre l’atmosphère de cette époque marquée par la crise et la montée des frustrations débouchant sur le racisme (comme en France d’ailleurs). Les années Thatcher, qui ont fait tant de mal au Royaume-Uni, ont inspiré nombre de réalisateurs. Le film appartient  à cette catégorie de films sociaux sur cette période, mais il  permet également de rétablir la vérité sur la culture skinhead. Les acteurs, non professionnels à l’exception de Stephen « Combo » Graham, sont tout simplement formidables, en particulier le jeune Thomas Turgoose capable de jouer sur plusieurs registres. Enfin, la bande originale contribue grandement à l’ambiance du film, surtout les morceaux ska-reggae, musique à la base de la culture skinhead. Un film excellent !

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