Discours de la servitude volontaire d'Etienne de La Boétie

Lorsqu’il écrit le Discours de la servitude humaine, Etienne de la Boétie (1530-1563) étudie le droit à l’université d’Orléans, l’une des plus réputées d’Europe à l’époque. Montaigne, son grand ami, nous dit dans ses Essais qu’il n’avait alors pas encore 18 ans. Des controverses ont éclaté à ce sujet : le Discours n’a pu être écrit par un si jeune homme. Partant, soit il l’a écrit à un âge plus mûr, soit c’est Montaigne lui-même – qui voulait l’inclure dans l’une des éditons de ses Essais – qui en l’auteur. Il est admis de nos jours que c’est bien La Boétie qui a rédigé le Discours, et ce dans sa « prime jeunesse » (même s’il est possible qu’il l’ait retouché plus tard, ou que Montaigne y ait apporté des corrections ou des ajouts). On se trouve donc face à un texte révélant un esprit brillant et d’une grande précocité. Certains commentateurs n’y voient qu’un classique exercice de rhétorique, tel qu’en pratiquaient les étudiants d’alors. C’est cela et beaucoup plus : un essai de philosophie et de psychologie politiques.

Pour La Boétie, il est dans la nature de l’homme d’être libre et raisonnable. Pourtant , il observe que les hommes subissent souvent le joug d’autres hommes, quand ce n’est pas d’un seul. Ainsi soumis, ils semblent préférer souffrir et servir leur tyran, plutôt que de rechercher la liberté à laquelle leur nature aspire. La Boétie voit plusieurs causes à cette soumission : les hommes, naissant dans le servage, sont éduqués à obéir ; ils sont abêtis par les divertissements et les quelques faveurs que leur prodigue le tyran ; enfin, le despote se fait aider par quelques vassaux qui eux-mêmes en soumettent d’autres, ainsi de suite jusqu’à former une longue chaîne de soumission.

Cependant, plus qu’à une dénonciation de la tyrannie, c’est à celle de la passivité du peuple que s’attache La Boétie. En effet, sans la résignation, voire l’approbation du peuple, pas de tyrannie possible. Par quelle perversion de leur nature les hommes se laissent-ils mettre le joug, alors même que cela ne leur apporte que peines et malheurs ? Car il ne leur suffirait que de vouloir se libérer pour que cesse toute servitude : Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres.

Le Discours a inspiré nombre de révolutionnaires des époques ultérieures, en particulier aux XVIIIème et XIXème siècles. Cependant, pas d’appel à la sédition et au désordre public chez La Boétie. Il était trop soucieux de paix sociale pour cela, horrifié qu’il était par les guerres de religion qui ensanglantaient le pays à son époque. On était encore loin également de notions telles que souveraineté du peuple et démocratie. En revanche, il nous disait ceci : l’homme ne peut se laisser dominer sans se renier lui-même. Il est responsable de sa condition et il n’appartient qu’à lui de la changer. La leçon vaut en tout temps et en tout lieu, y compris ici et maintenant où la servitude, qu’elle soit politique ou économique, ou les deux à la fois, est bien d’actualité.

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4 réflexions sur “Discours de la servitude volontaire d'Etienne de La Boétie

  1. La Boétie, qui a encore sa maison à Sarlat ! La liberté de La Boétie a un sens sartrien, elle demande rigueur, courage et exigence. Vivre libre, c’est vivre en s’arrachant des déterministes naturels et sociaux et, en général, les citoyens sont plutôt enclin à la facilité qu’à la rigueur de la liberté.

  2. C’est vrai que la liberté selon La Boétie n’a rien de facile. Mais la leçon essentielle pour moi est que notre soumission dépend principalement de nous. On le voit bien actuellement. Encore faut-il avoir une conscience claire de notre condition, des tenants et aboutissants des politiques qui nous gouvernent.

  3. Et c’est là que ça coince puisque nous renrtons n’ont plus dans l’étude des faits mais aussi dans les représentations idéologiques. Le « faut-il avoir conscience de notre condition, des tenants et aboutissants », est un sujet fort complexe, puisque personne ne sera d’accord, les uns accusant le système de tous les maux, les autres le défendant. Donc qui est dépositaire de la Vérité, ici ?

  4. On peut juger pour soi de la validité d’un système d’après ses effets sur soi-même et sur les autres, et bien sûr d’après des représentations (idéologiques, morales,etc.). La politique menée actuellement est elle-même porteuse d’une idéologie, bien qu’elle s’en défende. Il n’existe pas une vérité avec un grand V, mais si celle que l’on veut m’imposer me fait souffrir, je n’ai le choix qu’entre la combattre, la fuir… ou me soumettre.

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