Monsieur Zéro de Jim Thompson

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Clinton Brown est un petit reporter dans un journal local de Pacific City, en Californie. Il est sarcastique, méprisant, agressif, en un mot imbuvable avec son entourage, en particulier avec son rédacteur en chef, Dave Randall, qui fut également son supérieur pendant la seconde guerre mondiale, voilà dix ans de cela. Mais pourquoi est-il si méchant ? Parce que…Brownie a perdu sa virilité en sautant sur une mine pendant la guerre, par la faute de Randall. Depuis, perclus de remords, ce dernier se sent tenu de venir en aide à Brownie, en le faisant embaucher dans les journaux où il travaille, et en supportant tant bien que mal ses sarcasmes. Pour comble de malchance, Brownie est beau gosse. Il attire les femmes, alors qu’il ne peut leur offrir ce qu’elles attendent de lui. Sa femme Ellen, avec qui il a rompu depuis son « accident », ne cesse de le relancer pour reprendre la vie commune, mettant Brownie au supplice. Ignorant tout de son infirmité, qu’il cherche à tout prix à dissimuler à tous, elle ne comprend pas pourquoi il la rejette, et est d’autant plus acharnée à le reconquérir.

Lem Stukey, chef  de la police locale, veut l’appui de Brownie dans sa candidature au poste de juge du comté. Stukey se veut l’ami de Brownie, mais celui-ci le méprise car Stukey est un flic véreux et corrompu. Il apprend à Brownie qu’Ellen est de nouveau en ville. Brownie soupçonne Stukey de l’avoir fait venir pour faire pression sur lui. Acculé, il n’a pas le choix : après une discussion orageuse, il assomme Ellen avec une bouteille, l’asperge de whisky et y met le feu. Ellen est retrouvée morte, et Brownie est persuadé de l’avoir tuée. Mais est-il capable de tuer ? Et, au fond, le veut-il vraiment ?

Clinton Brown cherche à se venger de son impuissance sur les autres en les manipulant, en cherchant à les dominer. Jim Thompson excelle dans ces personnages de loosers, frustrés, blessés, inadaptés, dont son œuvre est remplie. Personnages en proie à des démons intérieurs qui les poussent aux pires actions. Pris dans les mailles de leurs angoisses, leur perversité n’est souvent qu’un exutoire à leur enfermement intérieur.

Pas de message social cependant chez Jim Thompson. Ses antihéros débarquent avec leur passé douloureux, leurs tares et leurs faiblesses qui les entraînent presque malgré eux, au gré des circonstances,  dans des situations dont l’issue ne peut être, bien souvent, que la mort ou la folie. Mais Jim Thompson n’excuse pas, ni ne justifie. Il raconte, point barre.

L’atmosphère sombre est tempérée par un humour féroce, cruel. A noter à ce sujet dans Monsieur Zéro cette scène du dîner chez Dave et Kay Randall, où Brownie et Kay, qui se détestent cordialement, rivalisent de fiel. Une scène d’anthologie.

Bref, on ne saurait trop recommander la lecture des romans de Jim Thompson, en particulier Des cliques et des cloaques (adapté au cinéma avec Série noire d’Alain Corneau) et 1275 âmes (également adapté au cinéma avec Coup de torchon de Bertrand Tavernier).

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