There will be blood de Paul Thomas Anderson

« There will be blood » s’ouvre sur une musique stridente, angoissante. Cette musique, très présente tout le long du film, plante tout de suite l’atmosphère sombre, désespérée (elle a été composée par Jonny Greenwood membre du grand Radiohead).

Le film de Paul Thomas Anderson est adapté de « Pétrole ! » d’Upton Sinclair et nous narre la saga de Daniel Plainview (Daniel Day Lewis) de 1898 à 1927. Modeste chercheur d’or noir au début du film, Daniel Plainview va devenir foreur de pétrole et construire sa fortune grâce à cela. Sa technique est simple : il rachète à des paysans leurs terres pour une bouchée de pain et extirpe le pétrole du sous-sol. Le film est centré sur la période où Daniel Plainview rachète les terrains à Little Boston jusqu’à l’océan pour forer et construire un pipeline. Les habitants pauvres de la région cèdent facilement à Plainview qui présente son affaire comme étant familiale. Il est toujours accompagné de son fils adoptif ce qui crédibilise ses propos. Daniel Plainview sait se rendre sympathique auprès de ces gens mais au fond il les déteste. Daniel est un homme foncièrement misanthrope, les autres ne l’intéressent pas. Sa recherche de pétrole, de fortune n’a qu’un but : celui d’être seul, de se couper du monde extérieur.

Paul Thomas Anderson compile les fondements de l’Amérique : le pétrole, l’argent, le self-made man, la religion, la famille mais pour les détourner, nous montrer leur versant noir. Comme on l’a déjà dit le pétrole et l’argent ne servent qu’à assouvir un besoin de solitude, de haine d’autrui.

La religion est très présente dans le film par la voix de Eli (Paul Dano) qui construit une église à Little Boston. Eli et Daniel se confrontent, s’affrontent même à plusieurs reprises. Eli est un prédicateur virulent, un exorciste de sa communauté. Daniel bien entendu ne croit en rien et surtout pas en une transcendance. Eli veut à tout prix convertir Daniel, ce qu’il réussira à faire en contrepartie du fameux pipeline. Mais le jeune prophète aime aussi l’argent. Il profite de l’argent du pétrole pour bâtir son église, sa notoriété. A la fin du film, Eli se voit obliger de reconnaître qu’il est un faux prophète, que Dieu n’est qu’illusion pour tenter de renflouer ses caisses. La religion est pervertit par l’argent du pétrole.

La valeur famille est également passée au filtre noir de Paul Thomas Anderson. Le fils adoptif, qui semble aimé par Daniel, lui sert à amadouer les paysans et est rejeté violemment quand il devient handicapé. Daniel Plainview fait la rencontre de son frère qu’il ne connaissait pas. Etonnamment Daniel accepte son frère, se confie à lui et veut le faire participer à ses affaires. Ce seul moment de partage pour Daniel est éphémère puisqu’il apprendra rapidement que l’identité de son frère a été usurpée.

Daniel Plainview est le typique self-made man américain, un conquérant des grands espaces. Il est parti de rien et bâtit sa réussite, sa fortune à la force du poignet. Mais cela ne mènera à rien. Daniel Plainview a une fin pathétique, grotesque. Il est enfin seul, est alcoolique et la violence l’entraînera au fond du trou.

La performance de Daniel Day Lewis est hallucinante, il est totalement habité par son personnage, quasiment en transe. Face à lui, Paul Dano ne fait pas pâle figure, il est extraordinaire dans son rôle de prêcheur avide. Un grand talent à suivre.

« There will be blood » sape les fondements de l’Amérique et donne un éclairage sombre sur le capitalisme forcené de ce pays.

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Une réflexion sur “There will be blood de Paul Thomas Anderson

  1. Bonjour,

    Pour ma part, je suis assez partagé concernant ce film. Une chronique plus complète sera visible dès demain sur mon blog. En attendant, voilà comment je compte la conclure.

    J’avoue que j’ai du mal à recommander ou non ce film. Expressément à fuir pour celui qui recherche le divertissement, le film possède quelques atouts qui plairont à celui qui sait apprécier les films contemplatifs. Pas franchement agréable à suivre, le film laisse toutefois une impression assez bonne. On regrette toutefois, non pas la longueur mais les longueurs du film, qui desservent incontestablement le film. On regrette aussi que le traitement réservé à l’exploitation du pétrole soit si peu intéressante, le film se focalisant surtout sur le long chemin d’un misanthope vers la folie (incarné par un Daniel Day-Lewis impérial qui eclipse par son talent la majeure partie des autres acteurs, plutôt convaincants pourtant). Et justement, en matière de parcours hors du commun d’hommes sombrant dans la démence, des films comme « Aviator » et « Scarface » (similaires pour la progression vers la folie qu’ils narrent, leur mise en scène inspirée, leur longueur, leur performance d’acteurs et leur conclusion onirique) auront ma préférence s’il doit y avoir revisionnage. Car si j’ai globalement apprécié le film la première fois, sans vraiment l’aimé pour autant, il ne m’a pas complètement convaincu non plus. Je préfère donc m’en tenir à cette première impression plus ou moins positive.

    Amicalement,

    Shin.

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