La route de Cormac McCarthy

 

La terre est dévastée, entièrement recouverte de cendre. On ne sait pas exactement quel est le cataclysme qui a réduit notre monde à néant. Cormac McCarthy l’évoque par un éclair de lumière et des chocs sourds. Dans ce monde chaotique nous suivons un homme et son fils, dont nous ne connaissons pas les noms, dans leur périple vers le sud, vers une chaleur clémente. L’enfant n’a pas connu le monde d’avant, il est né peu avant la catastrophe. Le père se souvient par bribes de la vie qu’il avait mais le temps n’existe plus, ni l’avenir, ni le passé. Les jours se suivent, passent sans qu’on sache depuis combien de temps le père et le fils marchent. Ils avancent sur ce « (…) noir ruban du macadam menant de ténèbres en ténèbres. » Les deux personnages marchent, traversent des villes saccagées, pillées, incendiées. La nature a repris ses droits, elle est très présente mais il s’agit toujours de paysages dévastés où la végétation est morte. Les animaux ont totalement disparu de la surface de la terre, plus de vaches, plus d’oiseaux.

Le père et le fils survivent douloureusement, ils traînent un caddie qui contient leurs quelques possessions : des couvertures, un réchaud à gaz, du thé, une bâche pour se couvrir quand le temps tourne à la pluie. Ils sont perpétuellement à la recherche de nourriture qui se fait plus que rare. Ils visitent pour cela des maisons délaissées qui ont souvent été pillées avant leur arrivée. Car l’homme et le fils ne sont pas seuls. Ils croisent peu de gens sur la route mais ce nouveau monde est celui de la peur, de la traque, il faut se cacher des autres, éviter de les rencontrer. Le père l’explique à plusieurs reprises à l’enfant : il y a les gentils et il y a les méchants. On se rend compte rapidement que les gentils ne sont pas légion. Le monde de Cormac McCarthy est barbare, hostile et il semble que la civilisation n’a jamais existé. Les méchants sont de véritables monstres, sans aucune humanité. Le père et le fils tombent un jour sur un sous-sol où s’entassent des êtres humains amochés, amputés qui servent d’aliments aux méchants. Le père et l’enfant voient également un corps de bébé embroché comme un rôti sur une plage.

Comment tenir dans ce monde inhumain ? Il y a de nombreuses références à la religion, de nombreux appels à Dieu mais la foi a disparu, la torture ne permet pas l’espoir. Les hommes n’ont plus rien d’humain. D’ailleurs le fait que nos deux personnages centraux n’aient pas de nom, renforce ce manque d’humanité, comme si l’identité avait disparu. Cormac McCarthy nous place au-delà du désespoir, seule compte la survie pour laquelle on est prêt à tout, le moment présent est la seule unité de temps. « Les gens passaient leur temps à faire des préparatifs pour le lendemain. Moi je n’ai jamais cru à ça. Le lendemain ne faisait pas de préparatifs pour eux. Le lendemain ne savait même pas qu’ils existaient. » Voilà la grande différence avec le monde d’avant où l’on faisait sans cesse des projets. Le monde dévasté n’offre aucun rêve, aucune possibilité d’évasion. Rester en vie est la seule chose qui importe.

Cormac McCarthy adopte une écriture sèche, pleine de noirceur pour décrire ce nouveau monde. Pas de fioriture, pas de douceur dans son écriture mais de la violence, de la froideur dont il se sert pour nous présenter le road-movie déchirant de ce père et de son fils.

Pourtant « La route » n’est pas dénuée d’espoir. L’enfant est un rempart à la barbarie, à la déshumanisation. Son père est souvent tenté de basculer dans la violence, d’abandonner ses semblables à leur triste sort. L’enfant réfrène ses instincts bestiaux, grâce à lui le père garde son humanité.

Roman désespéré, « La route » est un plaidoyer pour l’humanité qui nous montre ce que l’on pourrait devenir sans elle. Magistral.

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