La visite de la fanfare d'Eran Kolirin

La fanfare de la police d’Alexandrie est invitée par le centre culturel arabe d’une ville d’Israël pour un concert. Les musiciens ne trouvent personne pour les accueillir à leur arrivée à l’aéroport. Ils prennent alors un car qui les lâche dans un village, face à un restaurant. Ils demandent le chemin du  centre culturel à la patronne du restaurant, l’avenante Dina (Ronit Elkabetz). Pas de centre culturel dans ce village : ils ne sont pas au bon endroit. Le prochain car est le lendemain matin et, pour comble de malchance, pas un hôtel à l’horizon. Mais Dina leur propose alors de les héberger, chez elle et chez d’autres habitants.

Le film nous raconte la soirée et la nuit de la petite troupe dans ce village perdu au milieu de nulle part, de quelques personnages en particulier : Toufik (Sasson Gabai), la cinquantaine, digne et rigide chef de la fanfare ; le jeune Khaled (Saleh Bakri), dragueur invétéré et qui remet parfois en cause l’autorité de Toufik ; Simon (Khalifa Natour), au regard mélancolique et compositeur à ses heures perdues ; et bien sûr la belle Dina, qui semble particulièrement ravie de l’arrivée de ces hôtes inattendus.

Le conflit israélo-arabe n’est pas évoqué une seule fois. Pas d’hostilité dans les relations entre les Israéliens et leurs « invités », plutôt de la gêne. Tout du moins au début, car de la complicité, sinon une certaine compréhension, surviendra à l’occasion de cette nuit. Même le pudique et austère Toufik, gagné par la chaleur et la jovialité de Dina, se laissera aller à quelques confidences émouvantes sur son passé, révélant un homme blessé.

Cependant, l’atmosphère du film est plutôt légère. Par exemple lors du dîner dans une famille israélienne, avec Simon et deux autres membres de la fanfare. L’ambiance tendue est aggravée par les piques que se lancent les membres de la famille. Mais tout finira par se calmer lorsque les convives parleront musique. Autre scène, hilarante celle-là : Khaled apprend à un jeune israélien puceau, Papi (Schlomi Avraham), à emballer une fille, et pour cela fait sur Pappi les gestes que ce dernier reproduit sur la jeune fille.

Au matin, c’est le moment de se séparer. Des relations se sont nouées et, même éphémères, on peut penser qu’elles marqueront les protagonistes. Le temps d’une nuit, les deux communautés ont appris à se connaître un peu mieux et ont pu, au-delà de leurs dissensions, prendre conscience de ce qui les rapproche : l’amour, la tendresse, la famille, les enfants, la chaleur humaine, la musique…en bref, leur humanité. Finalement, le film ne concerne pas seulement les relations entre Arabes et Israéliens, sa portée est bien plus universelle.

Tout cela est tourné avec beaucoup de finesse, sans jamais tomber dans l’angélisme ou la mièvrerie. Un film drôle, subtil, touchant, mélancolique…à voir en somme.

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Une réflexion sur “La visite de la fanfare d'Eran Kolirin

  1. S’il est un film qui a fait beaucoup de bruit à Cannes…C’est bien le premier film de Eran Kolirin… Véritable coup de coeur sur la Croisette, il a ému de nombreux spectateurs…

    Grace à un alliage tout en retenue de pudeur et de solitude, Kolirin crée un univers…Celui dans lequel on se perd sans doute par incompréhension mais dans lequel les traditions et la musique nous rassemblent dans un flot sans paroles…

    La visite de la fanfare est une promenade dans le coeur des hommes, dans leurs contrées lointaines et dans leurs solitudes amères… Une invitation où les mots n’ont plus leur place et où seul règne la tolérance, le poids des idéaux et des cultures…

    Un univers parfois drôle, souvent triste où se cotoient bien involontairement des personnes séparées par leurs vies…
    Une visite du coeur à faire au son des violons et des trompettes de l’orchestre, comme un don de soi, à l’image de ce que nous livrent les musiciens quand ils montent sur scène…

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