Ferdinaud Céline de Pierre Siniac

L’émission Bouillon de lecture, animée par Gros-Sourcils, reçoit Dochin et Gastinel qui viennent de co-signer un roman sur la période de l’Occupation à Paris. C’est un énorme succès de librairie. La critique, quasi-unanime, est dithyrambique. A l’issue de l’émission, on apprend que Gastinel n’a pas participé à la rédaction du livre, qu’il a fait chanter Dochin pour que leurs deux noms apparaissent sur la couverture. Dochin alors se souvient comment il en est arrivé là. Quatre ans auparavant, lui le galérien, le marginal, quasi-SDF, de retour de vendanges vers Paris, cherche un gîte dans un village de Corrèze. Refoulé de plusieurs hôtels, vu sa dégaine, on le dirige vers une ferme-château, perdue dans la campagne, une sorte de motel qui accueille volontiers tous les marginaux, les laissés-pour-compte, les estropiés, les mal foutus, que n’acceptent pas les hôtels respectables de la région. Il y est reçu par la patronne, Céline Ferdinaud, vieille dame de soixante-treize ans, ancienne libraire férue de littérature. Dochin a toujours voulu devenir écrivain. Il a écrit deux polars dont l’un, L’assassin guette aux Minguettes, a été publié mais est passé totalement inaperçu. Dochin n’a aucun talent, le sait, mais il s’obstine. Il a commencé un roman sur l’Occupation, dont il sait qu’il n’a aucune valeur littéraire. Céline Ferdinaud en lit des passages et…est emballée ! Elle crie au génie, compare Dochin à Céline (Louis-Ferdinand) et prédit au livre un grand succès. Elle l’encourage à continuer et l’invite même à s’installer dans l’auberge pour qu’il puisse travailler tranquillement à son roman.

Voilà comment tout commence. Dochin est perplexe, et nous avec lui : lui qui, malgré sa bonne volonté et un travail acharné, n’arrive pas à aligner deux phrases correctes et trouve sa prose lamentable, comment a-t-il pu faire publier son livre et de surcroît s’attirer les louanges de la critique ? Comment se fait-il que Céline Ferdinaud, pourtant grande connaisseuse de la littérature (et de la bonne !), trouve tant de qualités à son texte ? Et puis, qui est vraiment Céline Ferdinaud ?

Le lecteur découvre peu à peu les dessous de cette histoire machiavélique menée avec un grand sens du récit. On y parle de littérature bien sûr, mais aussi du monde de l’édition, de la critique littéraire, de la collaboration pendant la guerre, des services spéciaux. Il y est aussi question de destin, de fatalité, même si les évènements qui jalonnent le récit ne sont pas que le fruit du hasard. Dochin en sait quelque chose : s’il avait su, il ne se serait pas tant acharné à le finir, ce livre.

Le style de Ferdinaud Céline est vert, enlevé, direct. Le livre est jalonné de noms d’écrivains, dont beaucoup que j’admire, ce qui m’a fait plaisir (j’ai aussi adoré ces quelques lignes pastichant Louis-Ferdinand Céline), et d’autres que je n’ai pas lus, ce qui m’a donné envie de le faire. Roman noir sur la littérature blanche, je vois Ferdinaud Céline comme un cri d’amour de Pierre Siniac à la littérature tout court. Avec un grand L. Un livre magistral.

P.S. : pour une mini-bio de Pierre Siniac (et de beaucoup d’autres auteurs), à noter l’excellent site A l’ombre du polar dont le lien se trouve sur ce blog.

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