La nuit nous appartient de James Gray

La nuit nous appartient est seulement le troisième film de James Gray. Il avait réalisé en 1994 « Little Odessa », puis en 2000 « The Yards ». Ce nouveau film reprend les thèmes de prédilection du réalisateur : la famille, la mafia, le destin et le choix qui nous est offert de le changer.

L’intrigue se déroule en 1988 à New York (à souligner la très bonne reconstitution de l’ambiance des années 80 et la très bonne bande originale). Bobby Green (Joaquin Phoenix) est gérant d’une immense boîte de nuit, il est dans la fête permanente, le clinquant. Sa petite amie portoricaine (Eva Mendès) travaille comme entraîneuse dans la même boîte nommée El Caribe. Ce lieu appartient à un russe qui traite Bobby comme son propre fils.

La véritable famille de Bobby Green est tout autre. Son père, Burt Grusinsky (Robert Duvall), est un commandant reconnu et apprécié de la police new yorkaise. Son deuxième fils, Joseph (Mark Wahlberg) est lui aussi policier et il vient d’obtenir une promotion. Il suit les traces de son père. On découvre les Grusinsky lors de la fête organisée en l’honneur de Joseph par la police. L’opposition entre la famille d’adoption de Bobby et sa vraie famille est déjà marquante. D’un côté, on découvre une fête gigantesque avec alcool, drogue et filles à volonté et de l’autre, une fête pépère avec valses ! Le choix du nom de famille de Bobby (il s’agit du nom de jeune fille de sa mère décédée) nous indique clairement sa préférence entre ses deux familles.

Bobby va devoir faire un choix entre elles et cela va changer sa vie. Le neveu du propriétaire russe d’El Caribe est un gros trafiquant de drogue et Joseph Grusinsky cherche à le coincer rapidement. Pas le temps donc d’envoyer un agent en infiltration. Son frère Bobby est déjà dans la place et personne ne connaît ses liens avec la police. Il est tout d’abord réticent car il respecte son patron qui lui offre de nouvelles responsabilités. Ce sont des incidents tragiques qui vont le faire réagir et changer sa destinée.

Ce film est une superbe tragédie shakespearienne où les destins s’entrechoquent, où il est question de loyauté, de trahison et de renoncement. Bobby avait choisi d’être un homme indépendant, loin des désirs de son père. Joseph a pris cette place, celle que son père a choisie pour lui. Le cours de l’histoire va bousculer, intervertir les rôles des deux frères. Chaque personnage devra faire un sacrifice : celui de la femme que l’on aime, celui de la position de héros, celui de la vie.

On retrouve dans le film de James Gray des thématiques communes au dernier film de David Cronenberg. Le film implique de nouveau la mafia russe et son sens élargi de la famille. Les apparences sont également trompeuses, les bons pères de famille peuvent se révéler de redoutables manipulateurs.

L’histoire se déroule dans une atmosphère oppressante. A l’image de « The yards », de nombreuses scènes se passent la nuit. Mais même en plein jour, les personnages manquent de visibilité comme dans la scène de la course-poursuite en voiture ou la scène de traque du trafiquant de drogue dans un champ de blé.

Ce film est de facture classique, le déroulement de l’histoire est linéaire. Le scénario extrêmement bien structuré et rythmé est servi par de grands acteurs. Joaquin Phoenix et Marc Wahlberg avaient déjà travaillé avec James Gray dans « The Yards ». Ils sont tous les deux parfaits : le premier dans la passion, la fougue puis le renoncement, le second dans l’effacement, le respect et l’abnégation. On a plaisir à revoir Robert Duvall, il incarne un père représentant la loi, l’ordre et qui s’assouplit envers Bobby pour enfin le respecter. Robert Duvall fait pour moi le lien antre le cinéma de James Gray et celui de Francis Ford Coppola. James Gray me semble le digne héritier de Coppola. Ses films ont le même classicisme dans la forme, le même souffle dramaturgique et on aimerait que la filmographie de James Gray soit aussi longue que celle de son aîné.

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