L'épouvantail de Jerry Schatzberg

 

Deux hommes se rencontrent sur le bord d’une route dans l’ouest américain. Max (Gene Hackman) sort de six années de prison à St Quentin et se rend à Pittsburgh. Il va chercher l’argent qu’il a économisé. Francis, surnommé Lion (Al Pacino), a passé cinq ans en mer. Il va à Detroit apporter un cadeau à son enfant qu’il n’a jamais vu. Il ne sait même pas si c’est une fille ou un garçon. Max se méfie de tout le monde, n’aime personne. Lion le fait rire et lui offre sa dernière allumette. Alors Max, d’abord hostile, adopte Lion. Et puis il a besoin d’un associé pour monter une affaire de lavage de voitures à Pittsburgh. La scène d’ouverture où les deux personnages s’apprivoisent est d’une grande drôlerie : chacun fait du stop de part et d’autre de la route en reculant ou avançant selon les mouvements de l’autre. C’est le début d’un road-movie d’ouest en est, en passant par Denver, à pied, en camionnette, en train de marchandises, de deux paumés. On suit les deux comparses dans leur périple fait de rencontres, de beuveries, de bagarres et aussi de prison. Malgré la volonté de Max et de Lion de s’en sortir, de se réintégrer, leurs rêves respectifs ne pourront se concrétiser.

« L’épouvantail » est une tragi-comédie qui oppose deux personnes aux caractères bien définis. Max est un homme bourru, devenu asocial en prison et qui ne connaît qu’un seul moyen de communiquer avec son prochain : la castagne ! Il ne rate d’ailleurs jamais une occasion de se battre : un mot de travers, un regard déplacé suffisent à le mettre en rogne. Face à lui, Lion est un innocent, un enfant qui n’a pas réussi à grandir malgré les cinq années passées dans la marine. Sa technique pour faire face aux épreuves est celle de l’épouvantail : pour lui , l’épouvantail n’effraie pas les oiseaux, il les fait rire et les désarme ; alors, face à l’adversité, Lion fait le pitre. Cette manière de régler les problèmes insupporte Max au début. Mais, comme dans tous les films où deux caractères s’affrontent, nos deux amis vont peu à peu apprendre à se supporter, à se connaître et à s’aimer. On peut juger de cette progression des sentiments à l’aune de deux scènes. Celle d’ouverture dont on a déjà parlé où les deux personnages s’évitent, et celle de clôture, déchirante, où ils sont forcés de se quitter. Max semble alors totalement perdu, ne pouvant imaginer de continuer son chemin sans Lion.

Ce film de Jerry Schatzberg a reçu la Palme d’Or à Cannes en 1973 et il ressort aujourd’hui dans une version restaurée. On ne peut que féliciter les cinémas, comme le Grand Action, de remettre à l’affiche ce chef-d’œuvre méconnu. Al Pacino et Gene Hackman sont remarquables tous les deux. Ils incarnent Max et Lion avec une grande justesse et de manière bouleversante. « L’épouvantail » est également une critique de la société américaine. Max et Lion sont pleins d’espoir, de projets mais l’Amérique ne laisse pas de place aux rêves des indésirables.

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