Les promesses de l'ombre de David Cronenberg

Le dernier film de David Cronenberg commence brutalement : deux morts et une naissance. Le premier mort est un russe dont on tranche la gorge chez le coiffeur. On apprendra plus tard que cet homme a été tué car il lançait des rumeurs sur le fils, Kirill (Vincent Cassel), du patriarche (Armin Mueller-Stahl) d’un clan de maffieux russes. La deuxième mort est celle d’une adolescente qui meurt en couches. Sa sage-femme, Anna (Naomi Watts), s’attendrit sur le nouveau-né orphelin. Anna trouve un carnet dans les affaires de la jeune mère décédée pour y chercher des traces de la famille du bébé. Ce carnet écrit en russe mène Anna vers un restaurant géré par le patriarche maffieux Semyon, son fils Kirill et son chauffeur-homme à tout faire Nikolaï (Viggo Mortensen). La candide Anna se lance alors dans une enquête qui lui permettra de découvrir les raisons de la mort de la jeune fille.

Cela va l’entraîner dans un milieu d’une noirceur incommensurable où le meurtre et la trahison sont rois. Le mal et le bien s’affronte une nouvelle fois chez Cronenberg mais, comme dans son précédent film « A history of violence », les apparences peuvent être trompeuses. Semyon semble un homme aimable, accueillant, attaché à sa famille. Il s’avère être en fait un monstre froid, machiavélique, prêt à tout pour protéger les siens et les apparences. Nikolaï, lui, paraît un homme sanguinaire (on le découvre en nettoyeur, coupant les doigts, arrachant les doigts d’un cadavre), brutal et sans remords. Il se révélera tout autre, cédant à la douceur et l’innocence d’Anna.

Le corps est très présent dans « Les promesses de l’ombre », comme dans la plupart des films de David Cronenberg. Chez le réalisateur canadien, le corps est dans tous ces états : tranché, découpé, noyé, tatoué. Le tatouage a un rôle essentiel dans ce milieu maffieux : il raconte l’histoire de celui qui le porte et donne aussi son grade, sa position dans le clan. Le corps de Nikolaï est au centre de cette thématique, sculptural, couvert de tatouages, notamment d’étoiles, signes de son entrée dans l’élite des maffieux. Ces étoiles sont au cœur d’une trahison qui se soldera par une scène de bagarre inouïe dans un hammam.

Les acteurs sont tous extraordinaires. Armin Mueller-Stahl joue l’ambiguïté du patriarche de manière magistrale. Vincent Cassel incarne avec excès un fils alcoolique, instable, dépravé, psychotique, mais finalement humain. Naomi Watts est comme toujours parfaite, pleine d’innocence dans ce monde brutal, obstinée, ne lâchant rien pour ce bébé orphelin qu’elle refuse d’abandonner. Viggo Mortensen, dont c’est le deuxième film avec Cronenberg (et on espère que ce duo se retrouvera de nouveau), est un acteur immense. Son visage de sphinx réussit à faire passer les émotions les plus opposées. On s’attache à ce personnage brutal, violent mais au fond tellement humain, tellement seul.

Ce film à la facture classique est un grand Cronenberg qui détourne les codes du thriller au profit de ses thèmes de prédilection. Le film se clôt par une scène bouleversante où Nikolaï et Anna se trouvent enfin. Le bien et le mal se rejoignent pour un court instant de sublime tendresse, mais pour mieux se séparer.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s